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un jour ou un autre

le lundi 13 février 2006, à 22:18. Posté par MarieN (auteur : 0206)


    1-
    L'enfant avait poussé comme une herbe sauvageonne, profondément enracinée, battue aux quatre vents. Il parlait rarement. Il écoutait . Personne ne pouvait dire qu'il l'avait entendu rire, ou pleurer.. Ses mouvements étaient mesurés, avait il déjà couru un jour ? Il avait été élevé par une nourrice à la campagne, avec d'autres nourrissons. Puis sevré, avait été placé chez sa grand mère paternelle en attendant que son père le place comme pensionnaire lorsqu'il aurait l'âge.

    Sa mère était morte en couches. A l'injonction de la sage-femme "Poussez , madame" , elle avait poussé un grand cri, expulsant le nouveau né qui reprenait le cri de sa mère, l'air lui emplissant les poumons. Il n'y avait plus que sa respiration, à lui.
    Il vivait, il l'avait tué. Elle lui avait donné la vie, elle en était morte.

    Certains pensèrent que l'enfant était taré, se manifestant à peine ou le jugèrent insensible. Puis force fut de reconnaître qu'il grandissait normalement sans retard mais sans hâte non plus. Que son intelligence semblait entière et que ce qu'il faisait était toujours correctement réalisé, sans excès. D'autres jugèrent qu'il était dépourvu de tout sentiment, comme étranger à ceux qui l'entouraient mais on l'avait vu accomplir les actes adéquats sans démonstration inopportune, à leur juste mesure.
    Il n'y avait donc rien à dire de lui, ni en bien, ni en mal.
    Son regard, ni frondeur, ni naïf, se fixait sur vous pendant de longues minutes et vous quittait tranquillement sans manifestation aucune...

    2-
    Son regard… Comment un regard peut-il marquer ? Il avait les yeux verts. Rien, personne, ne pouvait dire qu’il était anormal ou bizarre même, et pourtant. Il regardait juste. Avec ses grands yeux verts, ouverts sur le monde.

    Son regard gênait. Certains disaient qu’il était anormal. Anormal, fou, débile. Il en a entendu, il entendait tout, forcément , on entend toujours tout ! Il entendait tout et il regardait. De ce regard fixe, simple, vert, d’enfant qui veut savoir. Et les gens ricanaient, se détournaient.

    Il avait appris, à force, qu’il valait mieux se fondre dans la masse. Ne pas poser de questions, jamais. Rester silencieux. Que s’il avait des envies, il valait mieux les garder tout au fond de lui. Alors il regardait et rêvait…

    Il rêvait de sa mère qu’il n’avait pas connue, qui était belle et qui l’embrassait, personne ne l’avait embrassé, jamais, de sa mère morte parce qu’elle lui avait donné la vie. Ca on lui avait répété ! Répété jour après jour, ta mère est morte à cause de toi… Quelle était belle cette mère là ! il n’avait jamais vu de photos d’elle, de portrait, elle était comme un ange, parce que le curé parlait d’anges à l’église, et qu’il n’avait jamais vu d’anges. Personne n’avait d’ailleurs jamais vu d’anges…

    Il rêvait d’une fille qui ressemblerait à sa mère, comment ? puisqu’il ne savait pas à quoi elle pouvait ressembler ? une fille qui aurait toutes les qualités qu’il imaginait, et qui, elle, ne mourrait pas en le voyant.

    C’était un enfant, juste un enfant aux yeux verts…

    3-
    De la couleur des forêts qu il parcourait chaque jour, de celle des grands pins . Une pointe de bleu s'y reflétait, de ce bleu qu il cotoyait, bleu de l'océan et des lacs qui animaient son pays. Bleu, vert, ses couleurs de vie, mêlées à l'ocre de la terre, au jaune des dunes de sable, des genêts et du soleil.
    Il ne réclamait rien d'autre que celà, le laisser immerger dans cette toile vivante que la nature lui offrait, du silence et du vent qu'il buvait à grandes goulées durant des heures alors qu il s'ennivrait du vol des grands oiseaux. Vivre, sans peser, sans exigences ayant besoin du minimum vital. Suivre les ruisseaux gardés par les hauts moulins et rejoindre l'Adour où les pêcheurs s'activaient, respirer la résine des pins. Suivre des yeux, le cheminement du train, soufflant, pestant au mileu de la tranchée que les hommes avaient installée et qui coupait Tarnos en deux. La voie ferrée qui avait amené le progrès et la construction de l'usine des Forges où tous les jeunes gens s'empressaient d'aller, quittant qui leur terre ancestrale, qui le métier de chasseur de baleine.

    Lui, savait qu'il avait un sursis jusqu' à l'entrée au collège. dans la ville où vivait son père. Jusqu'à présent c'est le curé qui lui enseignait ce qu 'il était nécessaire de connaître. Il jouissait de cette liberté qu'ont ceux qu'aucune affection n'attache. Il se nourrissait de pain, parcourait les vignes et les vergers, braconnait à l'occasion, buvait à l'eau des sources et trouvait chez la grand mère, le lait et les oeufs qu'elle lui réservait. On attendait rien de lui . Il vivait comme un passant, sans bruit, sans s'attarder.

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