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Je cherche un visage, une silhouette, un signe.
Je rêve à qui je n'ai pas rencontré.
L'homme vrai, celui de mon désir, n'a pas de visage.
Appât depuis le commencement du monde, piège d'avant le péché, il fleure celui qui, apprivoisé, civilisé mais jamais domestiqué, sait se donner sans se perdre, prendre sans déposséder, garder son mystère dans la banalité du quotidien comme dans l'intimité la plus crue.
Pas de visage, mais une voix, un regard et des mains, des mains surtout longues et fortes, pour embrasser la vie.
Des mains qui ne tremblent pas, qui ne se dérobent pas, qui s'égarent sans trahir, qui savent porter un enfant, un projet, et poser une à une les pierres fondatrices de l'avenir.
L'homme de ces mains-là va de l'avant.
Pas forcément vite ni loin, mais là où sa nécessité l'appelle.
Une nécessité bien à lui, sur laquelle l'amour a peu de prise.
Sa volonté le guide, il défriche à mesure son chemin.
Il dicte, il édicte, et noie ses doutes à grandes rasades de volupté, de camaraderie, de travail et d'humour.
Il a en lui du chevalier Bayard, du bâtisseur de cathédrales, du dompteur de rapides et de chevaux.
Il part en croisade sur la Lune, à la Bourse, dans l'aréne politique, au fond des mers et des volcans de notre temps et jusqu'à l'infini recules de l'horizon.
Il a des convictions, des idéaux, il fait des choix et les assume.
Il semble qu'il ait tout vécu, sauf bien sûre, ce qu'il va vivre avec moi.
Il ne me connaît pas encore mais je peux m'approcher : je suis femme, donc il ne me craint pas.
Je sais qu'il me déchiffrera avec une bienveillance gourmande, qu'il devinera et pardonnera mes attentes, mes incohérences, mes angoisses.
Avec lui, pour lui, je ne serai plus fille ni mère.
Je le ressourcerai et il me nourrira.
De quelques mots il résoudra mes questions toujours plus nombreuses, d'un regard me reposera le souffle et l'inquiétude, d'un geste me convaincra du besoin de sa force.
Les anges l'ont crée .... pour moi ...
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