|

Je suis un souvenir …
Musique : http://www.fileupyours.com/files/37487/ada_al.mid
Je rôde à la tombée des rêves le soir, quand les feuilles frémissent au vent de la mémoire. Un halo de brume nimbe la légende que les mots impuissants meurent de n’exprimer.
Je vois un chêne dans cette forêt ; sûrement, deux cœurs y sont enchaînés, deux cœurs percés ; et deux noms gravés. Combien d’années l’élan de ces jeunes cœurs vivra-t-il sur la peau de l’arbre ? Plus longtemps sans doute que sur la peau de ces jeunes amants, menuisiers épistolaires, le temps seulement d’un battement de coeur …
Souvenir, je longe la rivière où manque ton reflet ; souvenir, je m’assois dans l’herbe froide de ton absence ; réminiscence, je bois le vent veuf de ta chevelure, qui n’agite plus que les feuilles de l’automne. Intemporelle, tu vas et tu viens dans ma mémoire.
Un vol d’oiseaux, le vent fraîchit et me porte les échos de la vie. L’ombre d’une croix s’allonge à me toucher. La croix, est-ce la vie ? Est-ce la mort ? Je recule, je ne suis pas prêt… La croix me touche, elle m’émeut, mais je l’ai rangée au rayon des souvenirs brûlants et des rêves abandonnés … Une vie est passée par là, elle a coupé les bras de ma croix.
L’ombre gagne sur la plaine impatiente du printemps … Elle gagne aussi sur mon automne qui penche vers l’hiver depuis que tu es partie. Je t’avais dit :
« Si tu devais partir »
« Tu resterais pour moi instant d’éternité
Le temps s’arrêterait et le miel de l’été
Figé par la douleur, cesserait de couler. »
………………… … …
« Et prenant le bateau sur l’océan des larmes,
Emportant tes poèmes, ta photo et des armes,
Larguerais les amarres, le cap mis sur l’hiver… »
L’hiver est là, quand finira-t-il ? La croix me répond : « viens à moi, tu le sauras ». Le chêne me dit : « il se termine, ma sève le sait, qui coule sur les cœurs percés ». Les oiseaux revenus le croient aussi ; ils reviennent du Sud avec la foi de ceux qui n’ont pas le choix.
Mais moi, je ne crois plus. J’ai le souvenir de croire, j’ai le souvenir d’aimer, j’ai le souvenir de toi.
Mais je ne t’ai plus, toi.
Il me reste des souvenirs, comme un battement de nous, qui s’éloigne en mémoire et se perd dans l’écho des vers, plus faible toujours, dans un jour gris comme les jours de l’après.
Mais qu’y -a -t -il après l’après ?
L’ombre du rêve.
Je suis un souvenir …
|