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Je déteste le verbe pour son impuissance,
Je condamne tous les noms pour leur arbitraire,
Je n'aime pas l'adjectif pour son inconstance
Et l'objet soumis et le sujet téméraire.
J'ai en aversion tous ces mots encombrants,
Ces mots vains, simples enveloppes sans consistance
Sans signifié réel, ce monde grouillant
De reptiles bavant, criant, sans importance.
La langue bavarde, ridicule appendice,
Pendant de la bouche, sans aucune fierté,
Se proclame l'Avocate, l'Instigatrice,
Et usurpe de l'émetteur l'identité.
Pourquoi faut-il que cet organe invertébré,
Métonymie impossible, se substitue
Au reste du corps et, menteur invétéré,
Prétend, nie, confirme, défend et statue?
Que sait donc Sa "Seigneurerie" La Pimbèche
De ce qui se passe au niveau de la plèbe,
Elle qui ne sort la tête de sa calèche
Que pour s'identifier à Rome ou à Thèbes?
A quoi sert-elle du haut de son piédestal,
Quand la peur vous fige, quand la raison vous lâche,
Quand la terreur aux mille visages s'installe,
Quand les mots désertent et le courage se cache?
Peut-elle rappeler les souvenirs épars
Quand l'oubli sonne le glas et que l'amnésie
Du fond de sa tanière sort son étendard
Et charge avec une sauvage frénésie?
Elle recule d'un cran quand l'aveu se terre
Et cède le pas au mensonge triomphant;
Elle délire, fièvreuse, sans caractère,
Quand le besoin de dire se fait étouffant.
Quand, parmi les hommes, l'équivoque s'installe,
Quand l'intolérance se met à interdire,
Quand l'ignorant pense à la peine capitale,
La langue s'avère vaine et ne sait rien dire.
La langue naturelle, pour moi, le regard
Réel miroir de l'âme, sans fioritures,
Qui trahit les façons surfaites des ringards
Et décrit avec éloquence la nature.
Le geste théâtral ne dit point la pensée
C'est l'expression factice d'un esprit faux,
Mais la paume tendue aux cinq doigts avancés
Comme autant d'amis, vous aide quand il le faut.
Un petit clin d'oeil, véritable clé magique,
Eclaire les visages les plus renfrognés,
Un court silence devant les drames tragiques
Vaut les meilleurs discours de tristesse imprégnés.
Dieu dans l'immensité de Sa création
Nous dota d'un corps capable de produire
En idées géniales, savantes expressions,
Ce qu'aucune langue au monde ne peut traduire.
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