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la langue

le mercredi 31 mai 2006, à 11:41. Posté par mohammed


    Je déteste le verbe pour son impuissance,
    Je condamne tous les noms pour leur arbitraire,
    Je n'aime pas l'adjectif pour son inconstance
    Et l'objet soumis et le sujet téméraire.

    J'ai en aversion tous ces mots encombrants,
    Ces mots vains, simples enveloppes sans consistance
    Sans signifié réel, ce monde grouillant
    De reptiles bavant, criant, sans importance.

    La langue bavarde, ridicule appendice,
    Pendant de la bouche, sans aucune fierté,
    Se proclame l'Avocate, l'Instigatrice,
    Et usurpe de l'émetteur l'identité.

    Pourquoi faut-il que cet organe invertébré,
    Métonymie impossible, se substitue
    Au reste du corps et, menteur invétéré,
    Prétend, nie, confirme, défend et statue?

    Que sait donc Sa "Seigneurerie" La Pimbèche
    De ce qui se passe au niveau de la plèbe,
    Elle qui ne sort la tête de sa calèche
    Que pour s'identifier à Rome ou à Thèbes?

    A quoi sert-elle du haut de son piédestal,
    Quand la peur vous fige, quand la raison vous lâche,
    Quand la terreur aux mille visages s'installe,
    Quand les mots désertent et le courage se cache?

    Peut-elle rappeler les souvenirs épars
    Quand l'oubli sonne le glas et que l'amnésie
    Du fond de sa tanière sort son étendard
    Et charge avec une sauvage frénésie?

    Elle recule d'un cran quand l'aveu se terre
    Et cède le pas au mensonge triomphant;
    Elle délire, fièvreuse, sans caractère,
    Quand le besoin de dire se fait étouffant.

    Quand, parmi les hommes, l'équivoque s'installe,
    Quand l'intolérance se met à interdire,
    Quand l'ignorant pense à la peine capitale,
    La langue s'avère vaine et ne sait rien dire.

    La langue naturelle, pour moi, le regard
    Réel miroir de l'âme, sans fioritures,
    Qui trahit les façons surfaites des ringards
    Et décrit avec éloquence la nature.

    Le geste théâtral ne dit point la pensée
    C'est l'expression factice d'un esprit faux,
    Mais la paume tendue aux cinq doigts avancés
    Comme autant d'amis, vous aide quand il le faut.

    Un petit clin d'oeil, véritable clé magique,
    Eclaire les visages les plus renfrognés,
    Un court silence devant les drames tragiques
    Vaut les meilleurs discours de tristesse imprégnés.

    Dieu dans l'immensité de Sa création
    Nous dota d'un corps capable de produire
    En idées géniales, savantes expressions,
    Ce qu'aucune langue au monde ne peut traduire.

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