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Chaque fois que le poids du silence me pèse
Que je crois ouïr battre l'aile de ma muse
Je prends une page dont la blancheur m'apaise
Et dont l'entêtement me stimule et m'amuse.
Elle redoute le bout de mon stylographe
Chatouilleuse évite le contact de mes doigts
Puis consentante, se résigne se dégrafe
Et s'offre corps et âme aux mots aux mille doigts.
Sans l'accord de la page je ne peux écrire
Sans l'aval du verbe je ne sais composer
Mon inspiration seule ne saurait décrire
Ce que le destin ne cesse de m'imposer.
Je savoure l'éternité de la seconde
Où le mot lumineux se lève à l'horizon
Repoussant les ténèbres, balayant le monde
Morne et triste comme une porte de prison.
Le doux son cristallin des mots s'entrechoquant
Cubes de glace dans un grand verre embué
S'empare de mon corps et mon coeur délinquant
Enfourche la clé des airs, prince des nuées.
Juché sur mon astre au dessus de la mêlée
Je tisse souverain la carte de mon monde
D'images, de rêves, de sons entremêlés
A l'abri du non-sens et des pensées immondes.
La poésie est pour moi l'air que je respire
Le sang innocent qui circule dans mes veines
Purifié de sa rancoeur et de son ire
Sans elle, ma vie et mes idées seraient vaines.
Le paradis d'ici-bas est ce don divin
De pouvoir transformer sans baguette magique
En monde féerique le plat quotidien
Et en paix éternelle le réel tragique.
Le pouvoir des mots et la magie des sons
Sollicités sans prétention avec amour
Donnent généreusement la vie aux chansons
Et aux jours maussades plus de joie et d'humour.
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