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A l’enfant à venir…
Mon enfant, quand tu liras cela,
J’aurai rejoint depuis longtemps
Ce pays si doux qu’on en revient pas,
Mais ce n’est pas là l’important.
Ce monde, qui aujourd’hui t’échoit,
N’est pas celui que j’ai connu hier.
Bien sûr, tu n’as guère eu le choix,
Comme déjà, je ne l’ai eu naguère.
Je n’ose te parler de ces animaux
Qui forçaient l’admiration de tous,
Des grands comme des marmots.
A les pleurer ma voix se noue.
Mais ils ne sont plus que silhouettes
Immobiles, dans des salles désertées.
La poussière, comme une fine couette,
Protége leur sommeil, par charité.
Comment te dire la beauté des forêts
Où bramait le cerf tenaillé par l’amour
Défendant avec une certaine âpreté
Les douces femelles objets de sa cour ?
Qui pourra t’expliquer, mon chéri,
Les innombrables merveilles océanes
Que tant de mers ont nourries,
De l’imposant rorqual à la frêle balane ?
Imagines-tu que je m’y suis baigné ?
Oui, j’ai nagé dans ces eaux limpides,
M’imaginant par instant régner
Sur ce vaste et riche empire liquide.
J’ai vu des lapins courir libres aux champs.
Des aigles tournoyant avant d’être amants.
Mais, l’homme et ses mauvais penchants
Déjà mutilait la nature avec acharnement.
Qu’aurais-je bien pu faire d’autre
Que dénoncer ces actes déments ?
De l’environnement j’étais l’apôtre
Implorant bien souvent le firmament.
Mais rien n’en est venu pour tout sauver.
Mon enfant, aujourd’hui où il reste si peu
Que pour le voir il te faut le rêver
Il me faut faire ce coupable aveu
Je n’ai rien pu protéger, j’ai échoué,
Si devait encore s’exaucer un vœu,
Un modeste papillon viendrait jouer
Avec toi pendant que tu lis ces adieux.
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