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Chaque soir au bout du ponton, j'attendais, impatiente,
Trois cygnes à mes pieds, quémandant des brisures de pain,
Fébrilement je le guettais, à l'heure palpitante,
Ah ! Le voir effleurer de sa grâce, le lac de mon destin !
De la plage des Marquisats, la vue était fameuse
La foule dispersée s'éparpillait en quelques ilots
L'instant magique enfin, les gesticulations joyeuses
Des enfants, m'annonçaient l'illumination des flots.
Le souffle bloqué, je l'admirais, glissant sans bruit,
Prince de l'Onde, pour le suivre, j'aurais donné ma vie !
Mais je restais clouée, de l'autre côté de la rive
Le vaisseau de mes larmes voguant à sa dérive.
Le temps s'arrêtait, j'échouais sur la côte d'un rêve,
Où les désirs sont des chateaux, bâtis sur la grève.
Il aurait suffi d'une brise, aux élans favorables
Pour enfin tomber dans ses bras, sans me sentir coupable.
Il arrivait, face à moi, un air mélodieux s'en échappait
Les chandelles brillaient, des amoureux dînaient
Que ne pouvais-je être aussi, sur le pont transcendée,
Les yeux pétillants de joie, l'envie tendrement apaisée !
Je le suivais du regard, jusqu'à n'en pouvoir plus,
Et quand la nuit tombait, fatiguée, triste et déçue,
Je repartais vers ma vie, abandonnant là mes chimères
Enfouissant mes soupirs au plus profond de l'amer.
Il passe, et repasse, il est toujours aussi fier,
Il allume mes insomnies d'une infinie lumière
Ce bateau que je n'ai jamais pris, Ô LIBELLULE adoré(e),
C'est pour toi que je porte ces quatre ailes bleutées !
[MS Libellule - ANNECY (Haute Savoie)
Ce poème date de 2003, mais il "transporte" des émotions bien plus anciennes, et toujours à fleur d'eau...]

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