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Quatre ans sont passés après son départ. Elle continue à venir la nuit quand je m’endors. Je lui avais demandé cela quelques jours avant notre « séparation ». Au début, elle venait toutes les semaines, puis tous les mois ; ses visites commençaient à s’espacer à mesure que le souvenir sombrait peu à peu dans l’oubli.
Ce qui se passait pendant nos rencontres irréelles ne dépassait guère les limites du respect que je lui témoignais. Même mon inconscient qui secrétait des rêves pour apaiser mon désir de la voir dans la réalité…même mon inconscient se censurait, se muselait, tant mon sentiment était si pur, si innocent, si…gosse. Mon inconscient me tissait des paysages si paradisiaques, des scènes si romantiques que ma bestialité s’y trouvait étouffée.
Dans la nuit du douze au treize décembre…Naima est venue déplier à mon insu ma mémoire. Elle en a retiré des images, choisies à sa façon, et créé une scène nullement comparable à celles que j’avais vécues : J’étais comme sur une montagne pierreuse semblable à celles où, une dizaine d’années auparavant, le destin m’avait contraint d’y vivre, contre mon gré, quelque temps ; et où il me sembla maintes fois que j’étais sur une terre de rêves, tant cet endroit était désert et y régnait un silence exagéré.
C’est ce lieu qu’elle a choisi comme pour fuir les yeux des anges qui veillent sur nous quand nous dormons. Elle est venue accompagnée d’une personne que je ne connais pas, que je ne cherchais pas à connaître. Mon esprit était entièrement absorbé par la beauté que les rêves donnaient à l’aimée. Je lui demandai comment s’appelait son enfant, avec l’espoir inavoué de l’entendre répondre en prononçant mon prénom. Elle me répondit : « C’est une question à ne pas poser, tu devais tout savoir de moi.». J’en conclus qu’elle me reprochait de n’avoir jamais cherché ce qu’elle était devenue.
Mon inconscient jugea utile d’éloigner la personne qui accompagnait Naima, et nous faire oublier l’enfant fruit d’un mariage postérieur à l’époque où planait dans notre ciel cet amour platonique; nous nous retrouvions donc seuls. Elle marchait près de moi, et tout d’un coup elle trébucha, je tentai de l’empêcher de tomber et…elle se retrouva dans mes bras ; je ne pus alors me priver de la serrer fortement contre moi, tendrement, et l’embrasser innocemment sur la joue. Elle se fâcha, se mit à sangloter, une façon de me dire que j’avais trahi sa confiance.
Je me trouvai incapable de m’excuser et encore moins de lui exprimer combien je l’adorais. Mon impuissance jaillit de moi en larmes qui allèrent se joindre aux siennes, s’y mêler, couler en ruisselets comme pour graver, sur les pierres insensibles de la paisible montagne, les douleurs de l’impossible.
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