|
Ça fait deux heures qu’on creuse dans cette terre puante, meme pas d’la vraie terre, moitié gravas ,moitié merde.
On extrait des vers de terre, avec un petit rateau de jardinage et une pelle en métal …Des bestioles bizarres, des larves blanches pleines a claquer , toute brillante avec une petite tête marron et des crochets qui semblent nous gueuler :"salauds ! salauds ! on les met dans un seau en plastique, ,un seau « mickey en vacances » emprunté a notre sœur…
Nous, c'est moi, et c’est mon frère, Christophe ,ou plutôt mon demi frère, ou plutôt mon pas de frère du tout, on n’a pas le même père, ni la même mère ,on se déteste et on s’adore ,comme deux frères, et surtout on vit avec les deux mêmes vieux cons depuis qu’on a 6 ans et 7 ans : son père et ma mêre.
Christophe a des yeux tout bleus ,profondément bleus , pleins de vie ,de colère aussi , il plante les griffes de son outils dans cette merde par ce temps de merde…je le voie, il s’acharne , il gratte puis balance mécaniquement les lombrics dans le seau ,hop, ploc, ça se mélange, ça se tortille, hop, ploc… je ne sais pas ce qu’il pense, on dirait qu’il aime ça, ou peut être il s’en fout, qu’il ne pense pas…Il est beau ...
et moi je me sens maigre ,bordel, dans cette veste trop petite, les bras trop long dans ces manches serrées,,j’me les cailles ,ça pu, j’ai envie de chier ,le nez qui coule ,je souffle sur ces mèches de cheveux qui me cachent les yeux …marre de chercher des vers de terre pour ce vieux con !!!
-allez on se taille,ça caille,j’ai faim…
christophe me regarde,une grosse larve blanche entre ses doigts…
-tiens vas y mange ça !
et il me la balance dans la gueule
-connard,fils de pute ! (sa mere c’est pas ma mere !)…en plus j’ai envie de chier… Allez viens ,on rentre …il a qu’a se les chercher tout seul ses vers !
On s’en va , fini le terrain vague, on appel ça le « terrain d’aventure », ça appartient au centre socio culturel du coin, on y passe 80 % de notre temps libre ,mais là, non seulement on est les seuls, mais en plus ,ça caille...
C’est un de ces samedis apres midi du debut du printemps, mars, avril , on subit les dernières giboulées, dernières cartouches glaçantes de l’hiver agonisant…
on s'en va...
|