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La traite II
Quelle est donc cette chaîne d’acier
Damassée de haine à mes poignets ?
Pourquoi ont-ils donc ainsi cognés
Sur mon pauvre visage émacié ?
A ce lien de honte et de métal
Un autre homme se débat et crie.
Mais le souhait des dieux est écrit
Et nous sombrons dans la peur et le mal.
En une longue et lente chaîne de fer
Nous traversons les terres brûlées,
Où je ne jouerai plus jamais à l’awalé.
Où nous mène-t-on ? Vers quel lieu, quel enfer ?
Nous marchons maintenant depuis dix jours,
Laissant de place en place des corps
Abandonnés dans la poussière, triste décor.
A leurs bras des plaies les humilient pour toujours.
L’excitation est maintenant perceptible
Chez ces gardes à la peau noire qui nous poussent.
Nous arrivons à un port sous le regard des mousses
Certains détournent les yeux, le cœur sensible.
Nos chaînes rougies changent de mains.
Celles qui manient le fouet maintenant
Ont, de l’ivoire, la pâleur des ossements
Qui sont ces démons aux visages humains ?
Malgré la peur qui fouaille nos entrailles
On nous ferre au fond d’un gros voilier,
Les poings et les pieds toujours liés
Par ces lourdes entraves qui les entaillent.
Des cris s’élèvent, les membrures gémissent,
Le bateau appareille et comme un esquif divin
Nous porte maintenant vers notre incertain destin.
Ô Dieux, dans l’obscurité, nos cœurs vous maudissent.
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