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 Il sait maintenant où il habite. Le garçon a déjà douze ans, un an de plus que Zina. Il se souvient bien qu’il ne voulait pas le voir le jour de sa naissance, ni entendre parler de lui. Et pourtant il avait attendu ce jour. Il ne lui restait que le passage de cet évènement à vivre pour tourner définitivement la page…à vivre de loin. Quelques mois auparavant, la future mère de l’enfant allait et venait, téléphonait, suppliait pour qu’il l’aide à se dégager des conditions pénibles dans lesquelles elle se débattait. Le spectre du scandale avançait, la cernait, ne faisait que se rétrécir, s’éclaircir au fil des jours qui, comme moqueurs, galopaient, précipitaient la croissance du fœtus, hâtaient sa mise à nu. Les beaux garçons, les amies intimes, les voisines l’évitaient. Elle n’entendait que des saluts où se mêlaient incompréhension et pitié. Les pas s’accéléraient pour s’éloigner vite d’elle. Les regards qui autrefois la parcouraient, la pénétraient même jusqu’à éveiller en elle le goût de vivre et lancer souvent inconsciemment à haute voix « que la vie est belle » disparurent. Beaucoup de clients cessèrent de venir acheter dans le magasin qu’elle tenait, ce qui lui valut un renvoi de son emploi. Comme les autres, Hamou se détournait, prenait ses distances avec elle considérant comme une accusation la demande d’aide de son amie. Il ne reconnut pas l’enfant. Il ne pouvait pas admettre que le prix de ses joyeuses aventures avec une femme qui maintes fois lui mentît, soit aussi élevé. Aussi compromettant. Il venait juste de se marier et ne permettait à quiconque d’oser ébranler son statut d’homme respectable, rangé, décidé à fonder une famille comme tout le monde. Il n’arrivait pas à comprendre comment il avait pu se mettre dans cette situation. Maintenant il le sait ! C’est en se mariant qu’il découvrît vraiment la femme ; il commençait alors à entrevoir sa découverte dans toute femme qui passe devant lui, dans chaque voix féminine, dans chaque frottement avec un corps du beau sexe quand il prenait l’autobus, dans chaque regard…il voyait partout « l’autre femme », celle qu’il ignora longtemps. Il connut alors celle qui donnera naissance à Yatim.
La pluie le retint un moment à l’intérieur du magasin qu’elle tenait, il y était entré, il se souvient bien, pour s’acheter un rasoir ; sa barbe d’une semaine donnait à son visage une grise mine. Ils discutèrent innocemment du temps qu’il faisait, des vêtements qu’il fallait porter, du rhume…et la pluie cessa. Hamou sentait qu’il s’acheminait vers « l’autre femme ». Il se plaisait ensuite à faire un petit bout de chemin à chaque fois qu’il a besoin de faire des achats chez elle. Ses besoins grandissaient. Deux semaines après, il aura chez lui des tas de rasoirs, de la crème à raser de toute sorte, des tubes de dentifrice de toutes marques, des parfums… Sa femme remarqua ce changement. Parfois le désespoir le gagnait car il lui paraissait que la vendeuse se comportait avec lui comme un client ordinaire et qu’il se faisait des illusions. Mais elle venait toujours déblayer le terrain devant lui lorsque, découragé, il commençait à patiner. En revenant d’un voyage de quelques jours elle l’accueillît chaleureusement en lui disant : « Ne viens pas seulement pour acheter, nous avons besoin de te voir ». Il jeta alors un grand pas vers elle. Il l’aidait parfois à abaisser le rideau au moment de la fermeture du magasin. Sans se fixer des rendez-vous, ils forçaient le hasard à les mettre au bon endroit à la même heure. Un soir ils abaissèrent le rideau et s’oublièrent à l’intérieur...
A suivre...
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