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L'inconnu...

le mercredi 03 janvier 2007, à 09:46. Posté par naej


L’inconnu...


Il se tient droit, debout à l’encoignure d’une porte.
La rue est calme, déserte dans ce paisible village,
Il attend…Les mains enfouies dans les grandes poches
D’un imperméable noir, sans jamais qu’elles ne sortent…
Un chapeau feutre gris complète l’assemblage.
Il est là immobile à l’abri de ce porche.
*
Il est bientôt midi à l’horloge de l’église
Qui dresse vers le ciel le coq de son clocher,
Un chien aboie au loin réclamant sa pitance,
Déclenchant d’un seul coup concert de vocalises…
Une pluie fine et grasse tombe sur le pavé,
Libérant dans l’espace de subtiles fragrances.
*
Sur son visage blême coule des larmes de pluie
A moins que ce ne soit des larmes de chagrin
Son regard éteint fixe sur le trottoir d’en face
Le grand portail fermé et le mur décrépi
D’une bâtisse grise bordée d’un grand terrain
Et qui cache en son sein le fruit de sa disgrâce.
*
Le silence retombe l’espace d’un instant
Tandis que du clocher tinte le premier coup
Des onze qui vont suivre annonçant le midi
Le grand portail rouillé s’écarte lentement
Un grondement joyeux lui fait tendre le cou
Et serrer dans sa poche une photo jaunie.

Manon

Surgissant des entrailles du triste bâtiment
Tel un essaim d’abeilles une horde d’enfants
S’élance vers l’ouverture tout en se bousculant
Et ce ne sont que cris stridents et piaillements
Jusqu’à ce que chacun retrouve ses parents
Comme des « affamés* » rêvant du pélican.
*
L’ouragan apaisé laisse sur le pavé
Un petit bout de vie un petit bout d’oubli
L’homme solitaire et l’enfant dans son coin
Comme le négatif d’une photo ratée
Leurs yeux ne se voient pas dans l’ombre de leur nuit
Ils sont pourtant si près et à la fois si loin
*
Lentement sans savoir quelle force l’anime
L’inconnu doucement vers l’enfant se dirige
S’efforçant d’adopter un regard amical
Il lui tend une main remontant de l’abîme
Réprimant comme il peut ce délicieux vertige
Il croit voir dans ses yeux s’allumer des étoiles.
*
Le regard de l’enfant lui transperce le cœur
Lui faisant oublier les mois et les années
Passés entre les murs d’une austère prison
Après avoir un jour d’un accès de fureur
Rongé de jalousie tel un désespéré
Tué l’Amour de sa vie la maman de Manon…



Naej décembre 2006


* Emprunté au poème de Musset…


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