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Quand demain pour un jour de plus un an nouveau sera compté,
Je relirai comme un rébus le parcours que j’ai arpenté.
Car c’est par une nuit d’automne, il y’a déjà quarante-trois ans,
Que j’apparus, petit bout d’homme, dans ce monde créé pour les grands.
Quand tout petit je me heurtais à la triste réalité
De cette terre où je venais à peine de poser les pieds.
C’est par un rêve d’évasion que j’inventais mes lendemains,
Loin de ces règles de prison qui régissaient le genre humain.
Et pourtant je devais comprendre que ce bagne était sans frontière,
Pas de pays pour les cœurs tendres, ce bagne n’était rien que la terre.
Alors il me fallait grandir afin de faire face au destin,
Mais chaque jour était bien pire, car plus grand, je voyais plus loin.
Alors j’ai rencontré ma plume, lui ai parlé de longues nuits,
Elle a couché mon infortune sur des pages maculée de cris,
Mes vers emportés par le vent, se sont un peu partout posés,
Ils émouvaient les cœurs enfants qui avec moi venaient crier.
Encouragé et soutenu, je pu enfin écrire l’amour,
Et lui aussi il était bien lu et chanté par les troubadours,
Mais cette erreur que je commis masqua aussitôt la détresse,
Et les pleurs perdus dans la nuit furent assourdis d’autres ivresses.
Soudain atteints de cécité bien des clairvoyants d’autrefois,
Ont préféré se consacrer à contempler bien des lilas.
Ignorant d’âme volontaire que sous les pétales de fleur,
Gisent les tombeaux de la terre où notre humanité se meurt.
Alors pour moi cet an de plus servira à commémorer,
La vie dressée comme un phallus qui ne pourrait plus engendrer,
Car l’homme devenu impuissant à prononcer le verbe aimer…
Ne sait plus brandir en avant qu'une main lourdement armée.
©Stéphane Borrell Sabam 2006
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