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C’est en août mille neuf cent qu’elles prirent leur envol,
Délaissant l’océan pour le souffle d’Eole.
Les nues ont emporté pour la longue aventure,
Les gouttes évaporées sont en villégiature.
En survolant les terres, elles frissonnaient un peu,
Car le souffle éphémère avait perdu le feu,
Le nuage s’ébroua afin de s’alléger,
Laissant de ça, de là, choir ses protégées.
L’une d’elle atterrit en haut du puit de Dôme,
Et l’autre se perdit, où les Pyrénées trônent.
Englouties par la terre s’enfonçant en son sein
Elles devinrent centenaires en s’arrêtant enfin.
Elles firent connaissance en un lac souterrain
Avec d’autres errantes de l’océan salin,
Puis au bout de la course elles clorent les paupières,
Aveuglées par la source inondée de lumière.
Quand l’une se languissait au ru de la Garonne,
L’autre se débattait aux flots de la Dordogne.
Mais alors en commun elles se firent réflexion,
Qu’elles ne voyaient plus rien que de la pollution.
Où sont donc les saumons qui caressaient jadis,
Les lits de gravillons de leurs ventres si lisses ?
Il n’y a plus que vase et que putréfaction,
Là où nageaient en masse des nuées de gougeons.
Arrivées en Gironde, elles se retrouvèrent,
L’espérant vagabonde en filant vers la mer,
Recherchant les gabarres elles furent défigurées,
Par l’étrave bâtarde de cargos en acier.
Elles coururent se cacher au fond de l’océan,
Croyant y retrouver les beaux poissons d’argent,
Mais des fûts bétonnés avaient tout irradié,
Le désert s’installait au fond de l’eau salée.
Quand on naît goûte d’eau, on est vie de la terre,
Mais il est un fléau plus sournois qu’un cancer,
Il se tient sur deux pieds, possède en son sommet,
Un organe délaissé… un cerveau… Il paraît !
©Stéphane Borrell Sabam 2006
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