Les fruits de la nuit

 

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La fin de Badra

le mercredi 17 janvier 2007, à 22:22. Posté par Bachir





    Il a plu la dernière nuit. Elle dormait. Profondément. Elle ne faisait pas semblant comme cela lui arrivait parfois. Elle aime se plaindre à la pluie quand elle vient frapper à sa fenêtre. Elle regrette de n’avoir pu répondre à son appel la veille. Elle s’en excusera dans un moment car il va encore pleuvoir. Voilà les premières gouttes…

    Badra tente d’aller ouvrir la fenêtre pour saluer la pluie comme elle désire tant le faire, mais elle ne peut se relever, elle ne ressent plus ses jambes. Sa main ne l’obéit plus. L’autre main. La droite. Tout son corps est paralysé. Elle ne parvient à bouger que la tête. Le mal lui monte à la gorge, l’étouffe. Elle s’efforce d’appeler au secours, réussit à s’arracher un cri : « Saber», l’homme qu’elle a toujours aimé de tout son abîme. Il lui semble entendre le résonnement de pas s’approcher. Venez vite je…Elle n’existe plus.

    Elle n’existe plus ! Mais comment voit-elle maintenant la porte s’ouvrir ? Comment voit-elle entrer Saber, sa femme, et les deux enfants ? Elle n’est donc pas morte. Elle n’est même pas paralysée. Elle saute de sont lit et va à leur rencontre. Elle est folle de joie. Elle brûle de leur annoncer qu’elle a parfaitement guéri, qu’elle ne sent plus aucune douleur. L’étonnant est que cela ne parait guère suffire pour dissiper la tristesse qu’affiche la petite famille.
    Saber , sans la saluer, l’écarte et se dirige vers le lit, comme s’il allait cherche quelque chose qu’elle aurait oubliée. Quelle indifférence ! Mais pourquoi font-ils cette tête ? Ne souhaitaient-ils pas que je guérisse ?

    Ne comprenant rien, elle quitte en courant la pièce. Elle a hâte de voir le dehors, de crier si fort sa joie. Son patron la croise dans le couloir, ne semble pas la voir ; il passe tout près d’elle, la frôle sans lui lancer le moindre regard. Comme si elle n’existait pas.
    Elle est maintenant dans la rue : J’ai guéri ! J’ai guéri ! Ne m’entendez-vous pas ? Personne ne lui prête attention. Un chien errant s’arrête de l’autre coté de la rue, la fixe curieusement, lâche un cri qui n’a rien d’un aboiement, puis s’enfuit.

    Elle remonte alors chez elle. Vite, très vite, en moins d’un clin d’œil elle arrive dans sa chambre. Son patron, Saber, sa femme et les enfants entourent son lit. Tout le monde pleure sauf Saber. Elle se faufile entre eux et découvre ce qui les attristent. Son propre corps est étendu sur le lit dans une inertie totale. Elle réalise alors qu’ils croient qu’elle est vraiment morte. Qu’elle est finie. Elle s’approche du cadavre, le contemple. C’est la première fois de sa vie qu’elle se voit les yeux fermés…elle tente de leur faire comprendre qu’elle est toujours vivante, qu’elle est là, présente parmi eux, mais eut besoin pour s’exprimer de cette langue qu’emprisonnent fermement des mâchoires désobéissantes.

    Saber fait sortir tout le monde et reste seul avec la dépouille, contemple longuement le visage. Il se plie et embrasse le front de Badra. Il remonte le drap pour couvrir complètement le corps.il sort à reculons. Il n’a pas pleuré. Il avait peut être jugé que toute une rivière de larmes n’arriverait à apaiser son chagrin si empoignant.
    Elle s’éloigne, s’éloigne…elle se sent légère, très légère. Elle aurait été encore plus légère, si ce n’est ce regret de n’avoir senti ce baiser sur son front se déposer.

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commentaires ( 4 ) (Ajouter un commentaire)
humbert le jeudi 18 janvier 2007, à 13:58
texte poignant .je l'ai lu j'apprecis la plume et je compatis a l'esprit du texte .amitié et solidarité

bachir le dimanche 21 janvier 2007, à 23:56
Merci humbert! Mes amitiés!

Dago Laborel le mercredi 25 avril 2007, à 14:48
Je pense que nous serons nombreux à lire ce texte avec chaleur et amitié

zbbyxmuoykx le mardi 20 décembre 2011, à 09:25
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