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Pauvres sens et pauvre mémoire…
Laisse passer le temps sur nos peurs passagères,
Il n’y aura je sais dans la nuit qui s’achève,
Que les ombres perdues au cœur de nos vieux rêves
Et les fanes des fleurs frangées aux étagères
Que nous allons jeter même si on en crève.
Le vieux vent s’est levé vois ma vie en détresse
Ne retiens pas le soir, ne retiens rien de moi,
Nos passés nos passions et nos pauvres émois
Petite le temps va, petite le temps presse
Que se marient nos mains aux matins siamois.
Je marche vers demain et j’emporte en partant
Cet enfant immature avec son cœur malade
Il n’a plus désormais ses manies d’escalade,
Qui lui faisaient franchir les sommets en chantant
Il vendange a mi voix les vers de ta ballade.
Ah j’ai tant espéré et j’ai tant attendu,
Je suis là sagement, sachant le temps passé,
Le cœur cent fois froissé et cent fois repassé
Aussi pauvre de sens avec mes mains tendues
Et au fond de mes yeux ces pays dépassés.
Ce n’est que ça la vie, ces jours avec nous-mêmes,
Monologue têtu et triste à partager,
Ce permanent tourment de ne point naufrager
Et nos mains qui se clouent aux croix de nos je t’aime
Tant de toujours talés... Ah nos vies saccagées !
Pourtant vous connaissant mes peurs, je vais survivre
Je ne sais de certain que la vague du doute
Mais j’irai mon parcours qui croisa votre route
Que vogue vaguement vers vous mon bateau ivre
Il n’est aucun écueil que mon âme redoute.
Toi tu partis ainsi ultime guérison,
Autre est le temps pour toi et tout autre est l’espace,
Tu pris en t’en allant les clés de mes prisons
L’espoir, l’amour, la mort… le temps que la vie passe…
Des frontières fermées aux murailles de glace…
***
Cyrano mon maître
J’ai pris mon vers au vol, verbeux et violenté
Puis j’ai jeté mes mots à tous vents et en vrac
Etait-ce mon souci d’être complimenté ?
Bah - m’a dit Cyrano, monsieur de Bergerac-
Mais écrit-on vraiment pour être commenté ?
Donner autant d’ampleur au verbe qu’il rutile,
En bichonnant l’emphase ou l’envolée démente
Livrer le sens profond et bannir le futile
Tout ça ne sert à rien si nul ne vous commente
Faux car «c’est bien plus beau lorsque c’est inutile»
Il est là mon ego narcisse en arrogances,
Tu ne fais que faïence où il fut porcelaine
Relativise donc, sont-ce tes importances
Que tu sois lu ou non alors que fut Verlaine ?
«Moi c’est moralement que j’ai mes élégances»
Poétiser c’est quoi ? Idées que tu effeuilles,
Qu’on les glose sans fin ou bien qu’on ne les nomme
Qu’importe si ton cœur bat quand tu les recueilles
Même en étant si peu elles sont tout en somme
«Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles»
Cyrano mon pays, philosophe, mon maître
Que m’auras-tu appris de grandeurs véritables
Nous suffirait-il donc seulement de paraître
Un instant distingués, un instant acceptables…
Tout n’est-il pas en nous, tout n’est-il pas dans l’être ?
J’avance ma passion et sans rien dédaigner
Ecrire c’est aimer et sans envie d’aura
Car je vais le cœur nu pour vous accompagner,
Je perdrai c’est joué et nul ne me saura
«Mais on ne se bat pas dans l’espoir de gagner».
Ah je vous vois venir au sein de mes débats
Suffisance, l’orgueil, la morgue et vanité
«Je sais bien qu’à la fin vous me mettrez à bas»
Avec vos alliées frivole inanité
«Qu’importe je me bats, je me bats, je me bats »…
***
L’espoir en vie
Saurais je la voix qui me gagne,
S’agite en moi, s’étend, m’oblige
A crier contre chaque bagne
Ces murailles que l’on érige,
Pour l’edelweiss en sa montagne,
Ou un magnolia en Espagne.
Ou un magnolia en Espagne.
Volonté d’être est comme givre
Cela fond parfois aux chemins,
Soleil que la douleur délivre,
Quand on lui eut broyé les mains
Pour des accords de corde ivre
Jara sut qu’il ne pourrait vivre.
Jara sut qu’il ne pourrait vivre.
Mais de la mort jaillit la vie
D’où vient la graine pour germer,
Du désespoir, autre survie
Et des portes qui sont fermées
Naît aux destins de l'asservi,
La liberté comme une envie.
La liberté comme une envie.
Y aurait il de la souffrance
A écrire la bête en soi
Ou plutôt quelque délivrance,
Douleur sur laquelle on s’assoit
Aux pires fonds de notre errance,
Tel est le prix de l’espérance.
Tel est le prix de l’espérance.
Celui qui exclut, narcissique,
C’est contre lui-même qu’il joue
Ma moderne, moi le classique,
Quand vos lèvres touchent ma joue
Il n’est plus rien qui m’intoxique,
Et monte en moi une musique,
Et monte en moi une musique.
Est-ce donc par ceux là qu’on rêve,
Ceux qu’on découvre sans savoir,
Quand j’abordai à votre grève
Je ne croyais jamais y voir
Sous l’écorce qui se soulève,
Ces arbres ruisselants de sève,
Ces arbres ruisselants de sève,
Oh monde fait de dissemblance
Semailles aux terres brûlées
Comme un vieillard touche l’enfance
Tout perdre ou tout accumuler
Il est étrange cohérence
C’est quand tout meurt que tout commence.
C’est quand tout meurt que tout commence.
Elle est pour vous et sans geôlier
Cette étoile et puis cette plaine
Montent vos chants multipliés
Je vais chanter à perdre haleine.
Par ces couleurs réconciliées,
La liberté des humiliés,
La liberté des humiliés.
Saurais-je la voix qui me gagne,
S’agite en moi, s’étend, m’oblige
A crier contre chaque bagne
Ces murailles que l’on érige
Pour l’edelweiss en sa montagne,
Ou un magnolia en Espagne.
Ou un magnolia en Espagne.
Roger
Roger
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