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ADIEU DIEGO

le jeudi 15 mars 2007, à 13:03. Posté par patrick


L'escorteur aux lignes pures se déssinait
Dans les mélodies turquoise de l'océan Indien
Un grain tropical avait lessivé le navire
Huit jours déjà depuis le départ du Kénia.
Du Commandant jusqu'au dernier des matelots
Tous avaient hâte de fouler le sol de Diégo.
Quand à l'horizon de mer apparut la digue
Chacun de tous ces hommes en oublia ses fatigues.
Lui, le plus jeune , avait le regard d'ailleurs
Bien loin des collines d'Artois, ce fils de mineur.
Cette vue d'ensemble donnait une impression mystique
Pays Malgache détaché du continent Afrique.
Diego Suarez tous à bord en connaissaient le nom
Chez les marins ,c'est une très jolie chanson.
juste avant de franchir les double passes
Quelque chose sur babord les intrigua , hélas
Des barques de pêcheurs aux voiles fugaces
Remontaient un grand blanc, mais ce qui surprenait
C'est que de jeunes chiots servaient pour appâter.
Des frissons d'indignation parcouraient les échines
Ici l'on pêche au chien,ailleurs on assassine.
L'équipage tout de blanc est au poste de bande
Garde à vous tribord admirant le liseret vert de la lande
Puis sortant des brumes de chaleur Diégo leur apparut
Comme un étroit tesson de blancheur, beau à la vue
Dans le velours divaguant au milieu du vert de la forêt
Et déjà, la chaleur humide, de tout son poids pesait.
Infinie beauté que ce joyau d'un blanc immaculé
Vision magique des langues de sable, touffes de cocotiers
Enfin le lourd bateau se voit amarré aux quais
Prendre un cachet de quinine,garre au palu et à ses fièvres
Ce serait vraiment dommage,Diégo semble posé sur un rêve.
Ce serait trop long à raconter toute l'escale
Trop de différences et de contrastes peu banals
Diégo ,ville toute blanche,peuplée de jolies noires
Nostalgique de ces lieux, tout remonte ce soir
Bidonvilles gorgés et ambassades chic
Des marchés piailleurs et des paysans faméliques.
Un cocktail de gala,saumon, punch et caviar
Des gosses mandiants,nuées humaines le soir
Diégo la nuit, tintamarre tropical et filles de joie
Rues pouilleuses de l'ancien quartier colonial
Odeurs d'épice, de mangrove et de moisissures
Place du commerce grouillante et boutiquière
Un marché aux légumes,papayes et manioc en farine
Tout un circuit d'odeurs qui ramonait les boyaux.
Diégo ville de volupté, d'ocre et d'agonie.
Oui d'agonie car Diégo c'est bien fini.
MADAGASCAR JUIN 1972
Souvenirs matafs.

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