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De ses vieux doigts crochus et interminables,
Elle se retient au froid métal des barreaux
Qui séparent sa petite vie minable
De celle qui fait des autres ses chers bourreaux.
Vieille poupée de chiffons sans nul intérêt
Aux yeux de ses enfants pleins d'ingratitude,
Elle ressasse sans cesse désemparée
Son passé fait de bonheur et de quiétude.
Echoué sur un banc sur son île déserte,
Pas tout à fait mort, mais pas très vivant non plus,
Le patriarche déchu ouvre les yeux, certes,
Mais ne voit que la fin de ses jours révolus.
Le visage ravagé de vilaines rides,
Un éternel mégot dans la plaie de sa bouche,
Il égrène, l'oeil éteint et le regard vide,
Ses derniers jours du bout de son chasse-mouches.
Ils sont là, sombres pantins désarticulés,
Mal servis par le sort ou trahis par la vie,
Le coeur désabusé et la peau craquelée,
Figés dans leurs vieux rêves inassouvis.
Leur regard brouillé dit pour celui qui sait voir
Toute la peine du monde, tous les reproches,
Un énorme vide, un immense désespoir
Et, surtout, un généreux pardon pour leurs proches.
Ils sont dans les centres pour personnes âgées,
Et malgré les soins et les bonnes intentions,
Ils errent, seuls, vieux fantômes encagés,
Maigres corps, petits pas, sans destination.
La jeunesse n'est pas un présent éternel.
Lui ne sera pas tout le temps riche et puissant,
Elle ne restera pas inaccessible et belle.
L'âge nous guette et les jours se font menaçants.
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