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Le Long Des Quais (Raymond Bergerot)

le mercredi 18 avril 2007, à 21:13. Posté par COLLECTIF (auteur : Raymond Bergerot)


Le long des quais


Les hommes d’affaires vont à leurs affaires.
Mais Jean Santoi cherche du travail,
Avec cent sous au fond de sa poche, le long des quais.
Les métros sont pleins de foule à craquer.
Dans les antichambres et les corridors
Il ya des courants d’air aux battants des portes,
Il y a des revues sur les tables basses
Devant des sièges à ressort.
- Nous regrettons Monsieur, mais une autre fois …
Jean Santoi s’en va les mains dans les poches
Pour n’être pas tenté de claquer la porte.

Les vieux messieurs vont aux Folies Bergères,
Jean Santoi lui cherche de l’amour,
Avec cent sous en poche, le long des quais.
Les bals sont pleins de foule à craquer.
Dans les couloirs et les corridors
Il ya des courants d’air aux battants des portes,
Il y a des verres pleins sur les tables basses
Devant des têtes de matamores.
- Nous regrettons Monsieur, mais une autre fois …
Jean Santoi s’en va les mains dans les poches
Pour n’être pas tenté de claquer la porte.

Ces messieurs dînent en ville.
Mais Jean Santoi cherche un bout de pain,
Sans plus un sou en poche, le long des quais.
Les asiles sont pleins de foule à craquer.
Dans les couloirs et les corridors
Il ya des courants d’air aux battants des portes,
Il y a des dormeurs sur les tables basses
Devant des visages au regard mort.
- Nous regrettons Monsieur, mais une autre fois …
Jean Santoi s’en va les mains dans les poches
Pour n’être pas tenté de claquer la porte.

Les beaux messieurs rentrent du spectacle
Mais Jean Santoi ne cherche plus rien,
De l’eau plein les poches, tout au long des quais,
Au fil du courant il s’en est allé.
Dans les couloirs et les corridors
Vous êtes priés de fermer les portes.
Il y a des pêcheurs sur les barques basses,
Devant Notre Dame du mauvais sort.
Jean Santoi sort les mains des poches,
Pour quitter la vie en claquant la porte.


Auteur : Raymond Bergerot


Poèmes extraits du Livre de poèmes « Pluriels »
publié aux éditions AZedition
en collaboration avec Roland Vidal




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commentaires ( 5 ) (Ajouter un commentaire)
Collectif le mercredi 18 avril 2007, à 21:15
Les 4 commentaires ci-dessous ont été récupérés (voir forum : "Us Welcome")

Marie (Battementsd'elle) le mercredi 18 avril 2007, à 21:16
Un poème qui mérite vraiment que l'on s'y arrête ! C'est, pas à pas, le long des quais, que l'on suit ce SDF solitaire dans sa quête désabusée du simple essentiel. Contraste très bien souligné entre ce monde autour qui grouille, se bouscule, danse, rit ... et cet homme rejeté, mis à l'écart et ignoré ! Une progression dans la désillusion et dans l'indifférence générale, au fil du courant, les poches se vident du peu qu'elles possédaient, les portes claquent et se referment, le ventre se creuse et l'espoir se noie ! Très beau teste, Raymond, reflet d'une plume sensible. Amitié. Marie.

Denis le mercredi 18 avril 2007, à 21:16
Pas de mots, simplement beau et touchant.

Michel (Signes de Vie) le mercredi 18 avril 2007, à 21:16
Une petite histoire toute simple, une petite histoire toute bête à l’image de notre monde, parfois et trop souvent. J’ai particulièrement aimé le ton de ton poème. Bonne chance pour toi, Raymond, en espérant te lire encore.

Raymond Bergerot le mercredi 18 avril 2007, à 21:17
Je remercie avec un peu de retard Marie, Denis et Michel pour leurs commentaires autant de coups d'ailes , de battements de coeur et de signe de vie auxquels je suis triès sensible. Ce poème je l'ai écrit à Sète dans les années 60 après un asses long séjour à Paris. A cette époque il y avait moins de SDF mais pour chacun autant, sinon plus de solitude.

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