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Le tombant perdu
Cap Littinos, Crète
Au fond de ma mémoire est un tombant perdu,
Une falaise si profonde
Que le dernier rayon d'un soleil disparu
Laisse une clarté moribonde
Ciseler des reliefs d' un azur absolu !
Un escalier géant de roche végétale,
Calcaire vivant et poreux,
S' enfonce dans le bleu et se perd en dédale
De blocs éboulés et de creux,
Ponctuant le tombant d'arches monumentales !
L' Éponge s'y mélange avec l'Algue calcaire
En un ciment anfractueux
Et la dentelle rose du Bryozoaire
Attache ses plis sinueux
Aux branches brunes du Madréporaire !
Au pied de chaque marche une bande de sable,
Millions de squelettes brisés,
Fait un jardinet zen qu'un moine infatigable
Aurait longuement ratissé
Pour tracer des sillons au sens impénétrable.
Chaque nouveau ressaut m'attire vers l' abîme
Et sans trêve je descendrais,
Si tout au fond de moi une prudence ultime
A la vie ne me retenait !
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