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Les visionnaires
Ce "soleil sous la mer, mystérieuse aurore",
Comment l'as tu rêvé, merveilleux Heredia ?
Et comment pouvais tu dans les "tièdes bassins"
D'un récif de corail qu'on connaissait à peine,
Boire les sensations qui firent ton poème ?
Et toi, Rimbaud, qui te plongeas dans le "poème
de la mer, infusé d'astres et lactescent"
Sans quitter les abords des villes et leurs laideurs,
Où donc pouvais tu voir, immense visionnaire,
Cet "éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs" ?
Moi qui frôlai de loin ces infinis, et m’émerveille
Des beautés de ce que, au lointain, j'entrevis,
Je m'émerveille encore plus que des poètes
Aux yeux bandés, coupés des eaux, aient pu sentir
Et imposer aux yeux des aveugles eux-mêmes
Ce qu'aucune photo, si parfaite soit elle,
Ne put jamais saisir.
Et nous qui détruisons le merveilleux poème
De la mer, avant que de l'avoir compris,
Admettons que pour le poète
Il n'est pas de monde interdit !
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