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3 - BANC PUBLIC RUES DE PARIS EXT JOUR (FIN D’APRES MIDI)
RICHARD, ANNIE
RICHARD
Richard s’asseoit sur un banc pour fumer une cigarette. Passent des passants. L’endroit est assez calme, peu de bruits. Il lève les yeux au ciel, où il se perd.
Complètement absorbé dans ses pensées, il ne voit pas arriver une femme qui s’approche lentement du banc. Elle reste un moment à le regarder, puis se laisse choir lourdement tout près de lui.
ANNIE : Vous vous appelez comment ?
Richard tressaute. Il n’a pas vu cette femme s’approcher, et la témérité de cette question l’interloque.
Evidemment, il la dévisage, d’ailleurs elle aussi le dévisage, et leur premier dialogue est sans un mot. Une éternité.
RICHARD : Richard Beaudier. (Un temps). Mais pourquoi ?
ANNIE : C’est plus utile que de parler du temps… Et puis ne vous inquiétez pas, j’ai picolé !
RICHARD : A voir… Et qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ?
ANNIE : Vous avez l’air triste…
RICHARD : Ah ? Je n’ai pas envie de sauter de joie, c’est vrai.
ANNIE : Vous ne me l’auriez pas dit…
RICHARD : Quoi ? Vous êtes satisfaite de tout ça, vous ?
ANNIE : De quoi ?
RICHARD : Eh ! Oh ! Bon, ça va ! Je voulais avoir juste un peu de paix ! Vous n’avez jamais l’air triste, vous ? Vous êtes une femme heureuse ?
Un grand silence.
ANNIE : Pas vraiment…quand je picole c’est que ça ne va pas vraiment.
RICHARD : Allons, vous ne vous êtes pas assise près de moi sans raison. Il y a quatre bancs de libres ici. Et puis vous me demandez mon nom… Vous êtes flic ?
Rires de Annie.
ANNIE : Pas du tout ! Vous êtes parano ?
Lui, il ne rit pas.
RICHARD : Samu social ?
ANNIE : Non, mais c’est déjà plus proche.
Elle se lève, fait quelque pas pour s’éloigner. Revient. Elle se laisse choir sur le banc encore plus lourdement.
ANNIE : Si c’est important pour vous, j’occupe un poste dans une mission humanitaire ; j’y travaille depuis plus de 20 ans. Voilà. Alors à part du temps de quoi pourrait-on parler ?
***
GENEVIEVE :
Je garderai de toi ce qu’il faut en garder,
Pour voir ce qui est précieux, malgré des bavardages,
Et ce qui tient le coup, dans des jours bazardés,
Dans les à priori de comiques sondages.
Vois, l’année qui commence est déjà commencée ;
Qu’elle soit profitable au commun des mortels !
Pour encore un peu plus, toujours plus avancer,
Vers un commencement de quelque chose tel
Qui fasse rayonner ton visage, plutôt
Que de le voir en friches sous les coups des râteaux.
Je garderai de vous tout ce qui fut radieux,
Je garderai de vous tous les cadeaux des cieux.
« Voyages, voyages » (extrait)
Juillet 2006
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