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Ma terre natale, te reverrai-je un jour ?
Enfant tu m'as donné tant d'amour...
Mon enfance est restée, blottie contre ton sein
Ô ma terre natale, les Dieux t’ont ravie à moi
Tant d’années sans te revoir, j’ai perdu le chemin
De ton désert aride où le sable tournoie.
Je ressens encore, un à un, tous les parfums
Qui flottaient le soir venu, dans la moite chaleur
Et se brouiller les corolles des ventilateurs
Quand le sommeil me poussait vers d’autres lendemains.
Doucement, le souvenir appelle la petite fille frêle
Boudant à l'écart, sous le soleil d'Equateur
Djibouti, Terre d’Afrique, quelques clichés du bonheur
La fournaise plombée, les pluies de sauterelles
La famille nouée telle un collier de fleurs
La plage dans la nuit, brûlante de terreurs.
Quand les pirates, ô horribles corsaires !
Sortis de mes contes, purement imaginaires
Nous poursuivaient de leur fougue guerrière
Cachée sous les arbres, j'attendais qu'ils s'éloignent
Qu'ils s'en aillent trouver d'autres proies dans la montagne
Le souffle coupé, les jambes en un sac de pierres
Leur échapper surtout, était la décision première…
C'était hier…
Quand les troupeaux de chèvre, sous un soleil cuisant
Passaient sous ma fenêtre, à l’heure de la sieste
J’escaladais tabouret, chaises, tables, et le reste
Pour voir passer Silas, premier prince charmant.
Il parlait tendrement, de nos futures épousailles
Quand l’enfant que j’étais, encore bien trop canaille
Aurait enfin grandi, assagie comme jamais
Pour garder avec lui, douces biquettes et biquets.
Puis remonte la fièvre de nos jeux interdits
Près des pentes des ravins, où les singes effrontés
Ricanaient vers nous, semblant nous provoquer
Averses de cailloux, courses et morsures en bouquets.
Et ces cris dans la nuit, visite des rituelles hyènes
Qui rôdaient alentour, réclamant leur quotidienne obole
Des restes domestiques pour enrayer leurs sirènes
Pour la paix des enfants, sans plus de protocole.
Et les calèches noires, qui nous menaient à confesse
Le ventre creux pour la communion, au bout de la messe
Puis au retour, le pain frais, beurré, nos papilles ravies
Les chevaux aux nasaux écumants, souvenirs d’Ethiopie.
Ah ! Djibouti ! En mon cœur pétillent tes éclats d’Afrique
Qui me laissent à jamais, de ta terre, nostalgique
Quand l’énorme bateau s’est éloigné du quai
Je ne savais pas que je te perdais.
Ce devait être des vacances…
Quarante années, et quand j’y pense
J’en ai encore le corps meurtri
Entends-tu ma supplique, entends-tu le cri ?
De l'enfant qui gémit,
De la femme qui n'oublie
Ô Djibouti !

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