|

Pauvre Rhône !
Rhône, seigneur puissant de ma petite enfance,
Vagues grises poussées aux glaces du Mistral,
Qui a châtré tes flots et brisé ton errance ?
Dompté et contenu ton élan trop brutal ?
Tes eaux ont recueilli les phénols de l'Isère,
Les digues ont contré tes frasques de printemps,
Des condenseurs géants aux vapeurs nucléaires
Bordent des déversoirs trop larges et trop lents !
Couloir industriel rêvé des technocrates,
Tu n'es plus qu'un désert où de rares chalands
Voguent encor vers Fos où les usines ratent
Leur décollage, sous un ciel de plus en plus puant !
C'est le PROGRÈS dit-on, mais quand je vois, rêveur,
Tes eaux tièdes baigner des parcs à crocodiles
Il me vient le regret poignant de ta splendeur,
Sacrifiée, sans remords, à des projets stériles !
|