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Les médecins avaient fini par m'effrayer
Ce que j'avais était très grave
Mes derniers jours étaient comptés
J'étais presque mort, je n'étais qu'une épave
Ils m'ont d'abord électrocardiogrammé
Ils ont compté chacune de mes pulsations
Ils m'ont ausculté, ils m'ont reprogrammé
Ils ont fini par prendre leur décision.
Tout mon coeur était à refaire
Il avait perdu sa cadence
Tout ce qui leur restait à faire
C'était de l'ouvrir en toute urgence
Ils m'endormirent, ils m'attachèrent
Ils s'aseptisèrent, ils mirent des masques
Ils découpèrent sans hésiter ma chair
Impunément, religieusement, fantasques.
Ils ne trouvèrent dans mon coeur
Ni hypocrisie, ni haine, ni jalousie
Ni perfidie, ni traîtrise, ni rancoeur,
Ni amour, non plus d'ailleurs, ni poésie.
Ils ne trouvèrent rien d'autre que du sang
Qui circulait avec une étonnante régularité
Dans mes veines, au rythme incessant
Du souffle de la vie, dans toutesa fidélité.
Quelque chose de moi, mon âme peut-être,
Assista de près les hommes en blanc
Et désira ardemment de tout mon être
De toute sa force que je reste vivant.
Ils me refermèrent et me ramenèrent au rivage
Je me trouvai curieusement un peu changé
Je n'étais pas seulement une image
J'avais en moi un coeur qu'on avait dérangé.
Touché par l'homme, il devint humain,
Il connut le vice, il perdit tout appui,
Il redouta aujourd'hui, il eut peur de demain,
Il devint sensible aux malheurs d'autrui.
Depuis ce jour-là, quand je m'ennuyais,
J'écoutais avec plaisir sa douce cadence;
Mon coeur était devenu mon fidèle allié
Qui me tenait compagnie en permanence.
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