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Le venin apprivoisé
Dans un square aux multiples allées,
Quand mon esprit était ailleurs,
Je vis soudain votre abondante beauté
Venir vers moi, rêveur.
J’aimerais tant que votre regard
Fut pour l’éternité ma prison,
Et dans ce délicieux hasard
Perdre la raison.
Vos épaules blanches et frileuses,
Que caressent vos cheveux lutins,
Sont elles parfois amoureuses
Quand s’éternisent vos matins,
Quand vos oreillers assourdis
Enivrés de votre parfum,
Quand sont mortes les bougies
De vos soupirs divins.
Je ne pourrai hélas délivrer
Le son de votre bouche
Que je sens si affamée,
Et me lover dans votre couche
Comme un jeune serpent timide
Attiré par la moiteur chaude,
Cherchant vos lèvres humides
De ses yeux émeraude,
Et y déposer, comme une offrande,
Un venin apprivoisé,
Sur un lit de cendres
Qui se moque de vos baisers.
Vous aurez donné encore
Le meilleur de vos soupirs
Et jeté à la fenêtre vos remords
D’un jour qui expire.
O ! soupirez encore mon inconnue
Puisque demain sera trop triste,
Enivrez vous de l’imprévu
Aux songes du temps qui nous attriste.
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