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A Bagdad il y avait un mur, haut et nu,
sauf pour quelques affiches que je ne lisais pas.
L'ombre qu'il projetait un peu avant le soir
semblait quelques instants aplanir la ruelle,
et faisait ralentir les halètements des chiens.
J'y avais appuyé ma tête peu habituée
à traîner tout mon corps ébloui de chaleur.
Je cherchais la fraîcheur.
C'est là, contre ce mur, dans l'odeur de poussière,
que je tentais vainement de trouver mes esprits;
un arbre fatigué sur une placette voisine,
permettait à un oiseau, que je ne pouvais voir
d'envoyer alentours ses minuscules cris.
Et je n'comprenais pas qu'il pût en être fier.
Ce torride intermède risquant de trop durer,
j'allais repartir.
J'ouvris mes paupières, inutiles à cette heure
tant la lumière est douce et le vent apaisant.
Je vois une jeune femme vite baisser le regard,
gênée que je puisse la surprendre me dévisageant, probablement.
Je l'observe un instant, feignant l'inattention,
imaginant la vie qu'elle a eu à souffrir.
Tentant d'imaginer: je n'connais pas son nom.
J'avance doucement vers elle, comme vers un animal,
dont on a peur et dont on sait
qu'il peut nous faire du mal;
mais dont on sait aussi, qu'il a plus peur que nous.
Encore un pas de plus, et je crois pouvoir dire
qu'elle est beaucoup trop belle (mais qu'en penseriez-vous?)
J'essaie de trouver ce qui la ferait rire.
Elle relève la tête, regarde dans mes yeux,
voit ce qui y brille, s'effraie, recule un peu,
se retourne d'un geste, un bras de sa robe glisse,
s'enfuit en courant au moment où j'esquisse
un geste rassurant.
Tout ça près de ce mur, que je n'reverrai pas
avant que la mort vienne et qu'elle ne me fauche.
Tout ce qu'il en reste, c'est un tas de gravats,
et une fille qui s'éloigne, mais un peu par ma faute,
avec un tatouage sur son épaule gauche.
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