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Mémoire de graînes
Conte
Il était une fois :
Dans un grenier, dans une ferme, à la campagne :
un sac de toile grise, un sac lourd et poussiéreux.
Dans ce sac, il y avait des graînes :
Des graînes aplaties
des graînes grises et brunes et renflées à un bout !
Dans le sac, les graînes dormaient, dans le silence, elle rêvaient.
A quoi rêve une graîne ?, me direz-vous.
Comment le saurais je ?, je ne suis pas une graîne !
Comment le sauriez vous ?, vous n'avez pas encore entendu l'histoire !
Et pourtant quelqu'un entendit le rêve des graînes et il me l'a raconté
C'était un petit garçon qui dormait, la tête posée sur le sac.
Pourquoi dormait il au grenier ? il ne me l'a pas dit
Peut être faisait il la sieste par une chaude après midi?
Peut être avait il été puni ?
Je ne l'ai pas su et vous ne le saurez pas non plus...
Dans son sommeil, le petit garçon crut entendre de petites voix
mille, dix mille petites voix
têtues comme des pattes de fourmis
fines comme des ailes de moustiques
Et elles chantaient la chanson étrange que voici :
"Nous chantons la mémoire douce
De ce qui n'est pas arrivé,
De ce qui, peut-être, viendra !
Terre froide de l'hiver
Terre tiède du printemps
Douceur de la pluie, sommeil !
Peur des mulots et des rats
Fines dents blanches
Croquant nos soeurs !
Peur du bec pointu de la pie
Peur du corbeau qui fouille et pique.
Est ce la mort ou la naissance
Qui nous arrive ?
Qui crève notre coque blanche ?"
Puis il y eut un silence, comme quand on se rappelle des choses trop incroyables pour qu'on puisse les raconter avec des mots.
Enfin une voix isolée reprit, puis une autre, et encore beaucoup d'autres, et cela faisait un chant difficile à comprendre car les voix se disputaient, comme si elles ne pouvaient pas prendre une décision. Mais, comme le petit garçon était profondément endormi, il réussit à tout entendre :
"Je veux monter, le ciel m'appelle
Vers le haut !, je veux la lumière !
Je veux descendre dans le noir!
La fraîcheur de l'eau m'ensorcelle !
Mais comment tout faire à la fois ?"
Un silence encore, puis, plus calmes, les voix reprirent :
"Il faut monter ! , il faut descendre !
Nous ferons les deux à la fois !
Monte tige ! descends racine !
Que chaque part fasse son choix !"
Et, de nouveau, le silence ! Le petit garçon sentait bien qu'il se passait quelque chose d'étrange : rien ne bougeait, et pourtant, il devinait un grouillement, une poussée immense dans le sac inerte.
Enfin les voix reprirent et on sentait maintenant qu'elle étaient joyeuses :
"L'eau nous traverse, la lumière
Nous inonde de ses rayons !
Étalons nos feuilles nouvelles
Faisons éclater nos bourgeons !
Nous préparons la fleur magique
Qu'en notre secret nous portons
Et vers le soleil magnifique
De l'aube au soir nous nous tournons !"
Les voix devenaient plus fortes, plus heureuses :
"La plaine, mer orange, éclate de couleur !
Venez, nos amies les abeilles
Venez vous nourrir de nectar
Et barbouillez vous du pollen
Que vous allez porter au loin, de fleur en fleur !
Le Soleil brulera la soie de nos pétales
Mais la Vie germera dans le coeur de nos fleurs
Nos graînes tomberont sur la terre natale
Pour un nouvel été, pour un nouveau bonheur !"
Et puis ce fut enfin le silence et le petit garçon se réveilla. Il m'a tout raconté quelque temps après et je l'ai vite écrit pour ne pas l'oublier. Je ne sais rien de plus , sauf qu'il y avait écrit en grosses lettres sur le sac :"GRAINES DE TOURNESOL"
Qu'est il arrivé ensuite, je ne sais pas :
Peut être les graînes ont elles été données au bétail ?
Peut être ont elles été broyées pour faire de l'huile ?
Mais j'espère qu'on les a plantées, et qu'elles ont pu, connaître le bonheur de se tourner vers le Soleil, réalisant ainsi que: leur MÉMOIRE était aussi leur AVENIR.
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