|
ELOGE
Voici Hugo, Baudelaire,
Rutebeuf, Apollinaire,
Et Lamartine,
Valéry, Vigny, Ronsard,
Aragon, Char, Eluard,
Voici Racine.
Ils restent là, spectres errants
D’un éternel aréopage,
Silencieux, indifférents,
Au jugement profond et sage.
Grands mânes contemplatifs,
Figés dans l’ombre, attentifs
Au seul langage,
Ils écoutent sans rien dire
De l'insensé qui délire
Le vain ramage.
Je suis le corps, je suis la bouche
De leur esprit sans fin rêvant.
Je suis rameau, ils sont la souche
En chaque fleur toujours vivant.
Mais si l’âme n’est hantée
Comme une lyre enchantée
En proie aux dieux,
Les paroles éphémères
Fuient sous les brises amères
Issues des cieux.
Oui, chaque mot que j’articule
N’est qu’un murmure atténué,
Comme chuinte au crépuscule
L’oiseau de nuit exténué.
Quand s’achève un long effort,
De ma lèvre lasse sort
Un bruit d’énigmes,
Tant inutiles sont les mots,
Dérisoires mes sanglots,
Mes borborygmes !
J’entends Rimbaud, Villon, Verlaine,
Musset, son luth, Perse et la mer,
Nerval, l’écho de La Fontaine,
J’entends… j’entends chanter Homère.
Sonne à travers les âges
Leur Verbe aux mille visages,
Aux mille voix,
Enfanté dans les tumultes,
Au sein des peuples incultes
Frayant sa voie.
Ils ont rêvé que l’univers,
Etrange dieu inachevé,
Magiquement tînt en leurs vers,
Dans un beau Livre enfin gravé.
De leur plume qui transcrit
Humblement suivons l’esprit
Qui nous exhorte.
Exaltons l’élan sublime
De leur âme vers la cime
Qui nous emporte !
Jehan
Si nous habitons un éclair, il est au coeur de l'éternel. (René Char)
|