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J’ai tant semé ma désespérance
Que mon cerveau cherchant délivrance
Sous les lueurs des jours, des nuit lunaires,
Bravant d’affreux sanctuaires,
N’a pu entrevoir de sage prélude,
D’un nouveau monde moins rude.
Oh ! le temps trahi, sans gêne,
Nous montrant le paradis, la géhenne,
Où dans d’immenses gouffres profonds
S’abrite sous de lourds plafonds
Le péché des hommes impurs
Ayant abusé de chair, de luxure.
Oui, de ses lourdes chaînes le temps nous délie,
Et nos yeux creux où sommeille l’oubli
Abandonneront ses parfums,
Quand lasses se poseront nos mains.
Je m’éveille souvent au cœur de toute saison,
De la brume naissante au soleil de ses rayons.
Je chéris l’incertitude du futur,
Meurtri par la certitude que rien ne dure.
C’est une ivresse que cette attitude,
Penser à la mort de ses habitudes
Qui vous prend trop tard, qui vous prend trop tôt,
Qui vivant vous torture, qui mort vous tourne le dos.
Au fond, peut-être que d’elle je ne crains rien,
Il me semble que l’instant bien plus je le crains.
Je pourrai paraître lugubre, morbide,
Et à trop y penser m’en faire des rides,
Mais je ne suis qu’un pauvre humain
Au rythme des rires, des chagrins.
Ah ! demain je serai encore plus vieux
Appâtant les ombres peu à peu,
Et ma chambre, berceau de mes songes,
N’entendra plus le temps qui me ronge.
Les rideaux qui jadis filtraient la lumière
En seront fermés comme paupières.
Dehors le jour tirant sa besogne
Se moquera bien de ce qui me rogne.
Quelques passants croyant à l’éternité,
Ignorant l’atroce fatalité,
Verront ce cortège de noir vêtu
Et se diront peut-être a-t-il trop vécu.
Quand leur yeux éblouis de lumière
Se détourneront du petit cimetière,
De leurs gestes infiniment appesantis
Ils s’en iront alors meurtris.
Je les verrai, je l’espère, d’en haut
Eux seront si bas dans leurs idéaux.
La nuit descendra doucement.
La mienne, aux lourds voiles permanents
M’aura prise dans son immense soupir,
Ce sera pour le bien ou pour le pire .
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