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ce qui est en haut ... (Fredgev)

le vendredi 30 novembre 2007, à 11:27. Posté par COLLECTIF (auteur : Fredgev)



    Ce qui est en haut décale ce qui est en bas




    1-telecaster made in lisbon

    A gauche, il fait encore jour. A droite, c’est déjà la nuit. Entre les deux, les autres.
    A huit cent kilomètres heures, à dix mille mètres d’altitude, nous sommes à peine le fruit du départ, des étrangers obscurs réunis au dessus de trois pays à la fois, au dessus du vide de la mer.
    Nous ne sommes qu’un convoi réuni par hasard au dessus de nos dizaines de néants.
    Sous l’avion les nuages dessinent un champ de coton, et je voudrais écrire que c’est beau le monde vu d’en haut ; Quel con.
    Nuages champ de coton, liberté, ça ne va pas ensemble. Demandez à l’oncle tom qui en a chié un max dans les champs de coton. Comme Kunta Kinte. A votre santé les mecs !
    Par le hublot je regarde agoniser le Portugal et puis pointer la neige sur les pyrénées. Au dessus de la France.
    C’est émouvant. Tu parles. En regardant mon Gin Tonic, anxiolytique, gratuit, obligatoire en même temps, parce que je voudrais pas finir dans trente centimètres de large, avec une life jacket sous le siège qui ne servira à rien, à part m’embrouiller les sangles avec l’élastique du masque à oxygène sensé nous éviter la peur du vide, de la mort ou d’un dieu tout puissant.
    Nous sommes à court d’Hélium, dear passengers. Take off.
    C’est le commandant qui vous parle.
    Je me replonge dans mon bouquin. Un mec fait du vin en Italie pour fuir la mort ailleurs.
    Encore.
    Le Vin est dégueulasse.
    L’Italie est belle. On le sait.
    Pas de chance.
    J’ai l’habitude. Le mec va crever. Alcoolique. Anonyme. Martyrisé. Etranger. Incompris. On s’identifie. Ca se termine toujours mal les histoires de pinard en Italie.
    Joli cliché bien écrit. Je saurais même pas le faire.
    Alors je hausse les épaules et je regarde mon voisin qui ronfle. Je vois son paquet de Marlboro Lights gerber de sa poche. Dessus, il doit être écrit Fumar Mata, Smoking Kills ou Fumer Tue. Rauchen ist dodelicht.
    Quelle importance. Tout est en duty free.
    J’ai fermé mon bouquin.
    Encore une rasade et puis je regarde de l’autre côté.

    A gauche, il fait encore jour. A droite, c’est déjà la nuit. Entre les deux, les autres.
    Ce passage du jour à la nuit me flanque la nausée. Entre le jour et la nuit, il y a les autres. Et les autres ont tous les yeux rivés sur leurs notebooks en tungstène, et ils regrettent de voyager en tempo.
    Dans les zones d’ombre de leurs disques durs, leurs rêves sont des fichiers en cache. Leurs rêves. Ces vieux fantasmes qui s’étalent entre deux fuseaux horaires, entre deux réunions. Les autres rêvent de leur césar du powerpoint, ils convoitent la victoire de la plus belle sonnerie, le pulitzer du meilleur tableau excel.
    Qu’ils crèvent les artistes.
    Ils collectionnent les boarding passes, les VIP rooms, en jetant négligemment sur le comptoirs leurs visas premier, leurs fréquence plus, leurs sine qua non et leur carte du parti, toutes ces putains de lignes de codes sécurisées, leurs putains d’exceptionnelles autorisations d’exister.
    A gauche, il fait encore jour. A droite, c’est déjà la nuit. Entre les deux, les autres, et puis moi, et ma fender telecaster à trois smics qui me réchauffe les neurones et qui me coupe de l'ennui. Ma putain d'autorisation d'y croire des fois. D'y croire encore. Un autre rêve à deux balles. A la santé de ma connerie. A la santé de mon cancer. Dans le fly case je planque mes rêves. on va tous sombrer.
    Ici même. Au dessus de nos néants. Dans des étreintes limitrophes. Dans des grumeaux de solitude.
    Parcequ'on rêve de la surface et qu'on est trop haut pour sauter.
    Moi et les autres.
    On va pleurer.
    Wagon de métro. Bondé. Bien au dessus des rails.
    Je rêve d’un crash inespéré.

    2- South Kensington Earl gray

    Long Beach boulevard.
    Ligne transcontinentale. Pas de changement.
    Il est minuit passé dans nos fuseaux horaires. La voiture est déserte. Les visages sont fermés. Sur Radio Metro International, on entend de la soupe en Japonais, en Russe et en Hongrois.
    Y a des jours où ça beugle en Français.
    Y’a des jours où on ne se souvient pas de la lumière.
    La musique fait trembler les hauts parleurs breloquants, là dans ces putains de voitures.
    Et la musique est moche. Universelle par sa laideur.
    Que ça beugle en Japonais, en Russe, en Hongrois, ou en Espagnol, en Anglais, en Français.
    La modernité en gris sombre est bien universelle. Les détails des stations. Les spots sur le quai. Le bruit fou de sirène quand la rame s’approche. Ces belles couleurs de régimes modernes. Notre humanité extensive. Donnez vous tous la main qu’ils disaient.
    C’est bien, les tunnels sont creusés, les tombes sont prêtes et je ne me souviens pas.
    Où tu es. Où nous en sommes.
    Nos capitalismes suburbains. Nos régimes totalitaires underground. Nos émotions contrôlées sur le pulsar. Nos rêves de plus jamais qui ne s’effacent pas encore tout à fait. Tout le monde rêve de la surface.
    Partout, partout sur la planète.
    Sous notre bonne vieille terre.
    Et si au bout du compte ils avaient raison ? Les autres, encore les autres. Après le jour. Après la nuit, quand il n’y a plus rien.
    Après les derniers crashes et les derniers transferts.
    La surface est fermée. Le convoi est passé dans un bruit de jugement.
    Tout le monde s’est levé tout le monde est monté.
    Dans le métro.
    Dans la dernière voiture.
    Il est minuit passé sous notre bonne vieille terre.
    Huit cent escalators plus bas, le vent se fait lointain, remplacé par les grondements. Et je ne me souviens pas et la radio continue à beugler.

    Et s’ils avaient raison dans les fins de parcours dans les queues de station?
    Je fredonne la bouche fermée. Les yeux détournés. Les yeux relevés. Bien haut derrière les paupières. Sonic Youth. Encore.
    C’est encore le métro. C’est encore le métro. C’est encore le métro. C’est encore le métro.

    Radio Metro International.
    Je gratte mon bourdon sur la Telecaster. Comme un parkinsonien. Je gratte la couche de crasse sur nos parcours minables. Nous autres, là dans cette voiture. A contempler nos pieds pour plus penser à la surface. Moi, à fredonner comme un con. Toi, à dessiner comme une conne sur un prospectus chiffonné. Nous autres, là bien en profondeur On essaie de se rappeler. Où on a pu laisser tout ce qu’on a aimé.
    On se regarde pas. On remonte le parcours ; Trop loin dans nos mémoires.
    On maudit le métro.
    Monté à Glacière, changé à Marques Pombal, redescendu par la lost highway line trancontinental. Portes fermées à Manhattan. rencontré ton visage à South Kensington. Avec à peine des effluves de fog pour se rappeler du moment. Pas de deuxième chance. Perdue à Helsinki juste après la station Ruoholahti.
    J’ai cassé une corde à van Ophem. J’ai oublié cette putain de chanson que le mec chantait à Barcelona Pl Espanya.
    Et j’avais si froid en passant à Sokol, en plein Moscou désert, sous les mêmes murs gris. A jouer avec des gants, a chercher des regards qui ne se trouvent jamais.
    A laisser passer la chance après ces mi majeurs que je transforme toujours en sol bemol minables.

    Et puis je me souviens de m’être levé à Bonaventure. De m’être dit que ce pourrait être chouette si la vie ressemblait au métro. Se lever quelques secondes avant de sortir. Je me suis rassis. Pas de sortie. Pas d’amour fou. Pas d’agonie souterraine.
    Portes fermées.
    Correspondance.
    J’attends Paris. J’attends Lille.
    J’voudrais mourir à Rihour ou me retrouver à Glacière. Avoir une chance de sortir.
    Revoir le jour.

    Et toi tu dessines ; Je ne te parle pas. Nous autres, les sous-terriens, on est bien assez seuls pour être seuls à deux. Dans nos magmas souterrains. Nos stations de métro. Nos lignes de vie avec correspondances furtives.
    Shyambazar. Tu te lèves. Tu t’en vas.
    Et peut-être que tu connais les sorties. Ici à Calcutta, là bas à Lisbonne.
    Il suffirait d’avoir un plan.
    Un plan que je n’ai pas. Ou que j’ai oublié.
    Moi je me ballade. En rêvant. En rêvant si fort que j’oublie la radio.
    Et je voudrais.
    Prendre un tramway. Là haut. Quelque part. A la surface.
    Je sais que je suis en train d’attendre. Quelque part. Loin.
    Ouais, j’attends un tramway pendant des heures. Partout sur la planète. Et je sais que je n’y monterai pas.

    Cineccita.
    Je commence une nouvelle chanson. Tu t’es avancée. Assise en face de moi. Tu dessines sur la buée de la vitre. Tu fredonne le tube tchèque qui passe à la radio. Tes avenues vidées, tes changements maussades.Rome. Berlin. Moscou. Rekjavik. Budapest.Le Caire. Baltimore. Dublin. Le monde. Là haut. Avant. Avant nos underground black and white. Nos labyrinthes de solitude. Nos avenirs ensevellis.
    Nos tramways qui s'en vont sans qu'on sache les retenir.

    3-Broadway danny blues

    On a ouvert la porte.
    Grisé par le matin, je regarde la rue par les yeux de ces gens.
    Et vos yeux allongés, opalins sans regard, sans regret.
    La liste de vos noms déroule mes certitudes.
    On a ouvert la porte et je me reconnais.
    Je le savais déjà.

    Les portes sont ouvertes mais tout le monde est mort.
    C’est une rue modèle, une rue déjà vue. Mille fois dessinée, par Tardi, par Céline, par Manchette, par Lou Reed.
    C’est une rue modèle.
    Je crois la reconnaître à ses carrefours grisâtres.
    Luminaires évidences, stars and stripes et drapeau blanc.
    Le christ en a parlé.

    On a ouvert les portes mais tout le monde dort.
    On ouvrirait les yeux si on savait quoi dire.
    Mais tout le monde dort.
    Les chantres de la foule appellent les élus.
    Les portes sont ouvertes.

    Audience Audimat Boarding Pass
    Listings
    Appel général.
    Menus déroulants.

    Les gentils les méchants sont attendus et prêts, ils ont dans le regard cette lueur tranquille de ceux qui savent déjà. Le champagne est facile quand les coupes sont pleines.

    Jésus, Gandhi, John Lennon, André Malraux, Kurt Cobain, Saint Louis, Jules Ferry, Le chevalier Bayard, Luke Skywalker, Le prince Adam, Clovis, Marylin, Jean Valjean, Meaulnes, Thomas Edison, Arthur Rimbaud, Jack Kérouac, Julien Sorel, Coluche, Pete Townshend, Mick Jagger, Louis Pergaut, Alen Ginsberg, Charlemagne, Maria Calas, John Kennedy, Bernard Hinault, Andy Warhol, Winston Churchill, Jean Moulin.

    Al Capone, Cartouche, Mandrin, Mata Hari, Charles Manson, Marylin Manson, Donatien Alphonse François, Paul Verlaine, Robert Brazillach, Néron, Jules Cesar, Adolf Hitler, Guillaume le conquérant, Darth Vador, Keith Richards, Lee Van Cleef, Rastapopoulos, Angus Young, Audry Maupin, Nathalie Ménigon, Bonnie Parker, Catherine II, Michael Schumacher, Bill Gates.

    Et les autres, résignés suffocants mendiant le p’tit quart d’heure :

    Simon-pierre. Iago. Moriarty. Judas. Gerry Glynn. Mark David Chapman.
    David Ginola. Nungesser et Coli. Al Gore. Mandrake. Lothar.
    (…/…)
    Gérard Lenormand. Daniel Guichard. Jesse Garon. Paco Rabanne. Haroun El Poussah.
    Kid Ordinn Bézu Fredgev, Sabine Paturel, Christian Ray, Richard Virenque, Gérard Lambert Michel Quint Elie Kakou François Morel Pascal Obispo, Le Bon Docteur Watson, Le capitaine Kirk, Judo Boy, François Corbier, Les chevaliers du Fiel, Kyo, Bibi, La compagnie Créole et Garcimore.
    (…/…)

    On ne passe pas
    Je reconnais mon nom je reconnais vos noms je fais partie de vous, vous êtes pris en moi.
    Et tous ces vous en moi ne sont pas bienvenus.
    Nous sommes des losers que l’on réveille un jour, d’accord pour être déguisés en maillots de basket et en robe de bure. Résignés à montrer notre cul, à fossoyer notre âme dans des tâches tenaces, des numéros empruntés, dans des listes noires.
    Play it again.
    OK patron, puisqu’il le faut

    On a ouvert la porte et tout le monde dort.
    Dans le matin nouveau les années sont perdues mais ce n’est pas si grave, l’air est tranquille et froid.
    L’air est à tout le monde et je l’aime gratuit. Et je l’aime innocent.
    Mon o deux vaporeux mon odieux oxygène.
    Mon souffle.
    Mon soupir
    Nous vivions carboniques.
    En listings déglingués.
    En listes déroulantes.
    No way.


    Fredgev
    http://www.mespoemes.net/sites/index.php?login=fredgev



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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
Michel (Signes de Vie) le vendredi 30 novembre 2007, à 16:38
Nous ne sommes qu’un convoi réuni par hasard au dessus de nos dizaines de néants. ... Le départ est donné, le ton aussi! Ca décape et c'est original. Bravo pour le style!

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