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Tous droits d’auteur réservés par : Rosita DJOUZI
Hammam
Les foulards sont restés aux vestiaires
Les babouches à l’entrée.
Les corps reposent nus, ou presque,
Etendus ou assis.
A même le sol.
Et moi, je fais de même
Abandonnée à des mains étrangères…
Certains corps semblent endoloris
Certains sont nonchalants
D'autres sortis d'un songe...
Des femmes de tous âges,
Des mères et des enfants.
Petits garçons aussi…
Seuls mâles autorisés
Aux mystères des lieux,
Qu’on interdit aux hommes
Devenus presque grands.
Des grand-mères rompues.
Des jeunes filles pubères.
Plus de complexes, plus de pudeur,
Plus de supériorité
Et moi qui apprend l'humilité.
A même le sol.
Une petite fille
Rince les cheveux
D’une presque centenaire.
Et la vieille remercie
D’un sourire édenté.
Elle ne voit plus.
Son regard l’a quittée.
Nous sommes dans la dernière salle.
La plus chaude.
La plus sombre.
On pourrait presque suffoquer.
Il y a le bruit de l’eau
Qui pleure dans les bassines,
Continuellement, elles dégoulinent.
Les pleurs d’un tout petit
Qui a du savon dans les yeux;
Et tous ces pleurs
Se fondent dans la moiteur
Et glissent sur la dalle.
Alors, faire comme tout le monde
Se laisser aller
Se laisser gommer
Se laisser masser
Se laisser enduire
Mais surtout se laisser glisser...
Redevenir le temps du bain
L’enfant qu'on a été…
Et laisser derrière soi
La saleté du monde.
Sentir le savon noir
Le khassoul et le henné
Se parfumer à l'eau de rose
Ou au parfum bon marché.
Sentir le propre.
Peu importe d'être grosse
D'être maigre
Peu importe les marques des grossesses
Peu importe le galbe des seins, ou la splendeur des fesses…
Puisque nous sommes uniques
ça je vous le confesse...
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