Les fruits de la nuit

 

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Adila (3)

le dimanche 13 janvier 2008, à 21:31. Posté par Bachir


    La nouvelle suscita une grande admiration au sein de la population. Un espoir naquit même chez les démunis qui n’étaient pas directement concerné par ce changement d’attitude du Sultan. Mais quand le soleil se lève, il éclaire et réchauffe tout le monde. Le discours ne passa pas cependant sans créer un mécontentement dans le palais. Le soleil éclaire, réchauffe, mais dévoile aussi. Etaient mécontents les vizirs qui virent dans cet étonnant retournement une atteinte à leurs pouvoirs, à leurs biens. La Reine qui était de leurs avis se sentit frustrée. Le discours de son mari lui avait révélé qu’il lui échappait. Il ne lui avait pas fait part de ses intentions à la veille du jour historique. Il n’avait pas jugé utile de l’associer à son important projet. Il craignait peut-être qu’elle s’y opposerait. Il n’avait pas tort. Le Reine ne pouvait plus s’empêcher de penser que son mari avait perdu confiance en elle.
    Chacun des mécontents put contenir sa révolte pendant les premiers jours qui suivirent le discours. Tous brulaient de crier haut que le Roi était fou mais personne ne dit mot. Ils attendaient que quelqu’un ose. Et la Reine osa.
    Quelque jours après l’évènement, Elle réunit les opposants : « Le Roi est parti à l’aube, sans gardes, il n’est pas revenu ; je sais bien que vous n’avez pas accepté comme moi ce qu’il avait entrepris. Je sais qu’il vous inquiète autant que moi. Il est temps de le sauver de sa folie. Préparons-nous pour aller à sa recherche. Maintenant ».
    Le roi scrute la montagne, le cœur débordant de joie. Elle est là haut, son rêve. Il risqua un coup d’œil derrière lui. Rien. « Oh ! Si seulement personne ne m’a suivi ! Je me retrouverai seul avec elle. Adila sera contente quand elle saura que j’ai exécuté tous ses ordres. Elle n’hésitera pas à m’épouser. Si seulement le vizir qui l’a rencontré le premier jour ne parlera pas aux autres. Il m’a promis de ne rien révéler de cette histoire, mais je m’en doute. J’ai constaté ces derniers temps que toute la cour se méfie de moi. Pourtant je n’ai rien fait de mal. Au contraire, en obéissant à Adila, je me suis senti réconforté. Réconforté pas la joie des mères dont les enfants ont été libérés, par celle des propriétaires qui ont recouvré leurs biens, et par celle qu’exhalent les doux regards des simples citoyens confiants et admirateurs. Toute cette satisfaction, ce contentement jamais éprouvé avant, est le fruit de mon obéissance à Adila. Seulement mon obéissance. Si je l’épouse, je serai l’homme le plus heureux au monde ».
    « La voilà sa tente blanche au sommet de la montagne. Adila est donc encore là. Elle m’attend. Elle a tenu sa promesse. Mais pourquoi mon cheval s’arrête en un si bon chemin. Allez sale bête ! Avance ! »
    L’animal ne bougea pas. Le sultan descendit de sa monture et continua sa marche à pied. Il arriva à la montagne, grimpa, grimpa ; son escalade s’avéra plus simple que l’autre fois, quand il était venu, accompagné de son vizir des affaires personnelles. Il ne rencontra plus d’obstacles. Adila apparut, illumina le paysage de son rayonnement. Elle ouvra grand les bras pour accueillir le Roi. Il se hâta, arriva, se pressa de lui annoncer :
    -- J’ai fait tout ce…
    -- Je sais, je sais, repose-toi maintenant !
    Elle lui tend la main et lui dit, d’une voie ou se mêlent respect et pudeur :
    -- O Roi ! Vous m’avez méritée !
    Le sultan, ne pouvant pas soutenir le charmant regard de la jeune femme, baissa les yeux. Il ne toucha même pas la belle et tendre main qui lui était tendue. Il ne sut tout d’abord expliquer la faiblesse qui le gagnait. Mais vite il réalisa que ce n’était ni une faiblesse ni une timidité. C’était une force extraordinaire dont il s’était senti envahir en arrivant chez Adila. Une force qui changea tout d’un coup son but, son espoir, son rêve. Il éprouva un désir tout autre. Le désir de se soustraire à sa petitesse, à son insignifiance aux yeux d’Adila. Il n’admettait que ses sacrifices aboutiraient à une aventure ordinaire et…vite périssable comme ce fut le cas, maintes fois, avec d’autres femmes. Cette fois, c’était différent. Entièrement différent. Ne le tentait plus ni cette main angélique qu’Adila lui offrait, ni la sveltesse irrésistible de son corps. Il rêvait de faire de toute cette beauté, de tout ce charme, un autre sacrifice. Il aspirait à acquérir la vertu d’être un homme juste. Un homme libre. Il avait goûté à un bout de cette justice, à un bout de cette liberté, en prononçant son discours historique. Il en est encore ivre.
    -- Vous m’avez méritée, répéta Adila, je vous accepte comme époux, c’est ce que je vous ai promis.
    -- Vous croyez qu’il est juste qu’un vieil homme comme moi, ruiné par le temps, mérite une femme si tendre, plus jeune que ma propre fille ?
    -- Mais je dois tenir ma promesse, je dois vous récompenser pour tout ce que vous avez fait pour moi.
    -- j’ai déjà obtenu une forte récompense. Votre seul amour me comble, vous êtes libre de votre autre promesse.
    -- regardez ! Regardez ! l’interrompit-elle.
    Le souverain se retourna. Au pied de la montagne, tout une armée les observait. De loin, il reconnut la Reine et quelques vizirs. Il réalisa alors qu’il avait été suivi.
    A suivre…

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