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Vivants aujourd’hui, bien morts demain.
Que nous importe si le monde court à sa fin ?
Rien à faire si la vie peu à peu perd du terrain
Puisque nous connaissons l’issue du destin.
Amour d’un jour, amour toujours, on s’en fiche.
Juste s’abrutir dans la torpeur salutaire
Qui suit le labour de ton corps en friche,
Bref moment de bonheur où, en toi, je me perds.
Pas de question, pas de mystère, c’est l’enfer !
Juste goûter l’ivresse de la vie, le flash d’être
Puis, au moment où on finit par s’y faire,
Au jardin des morts on se fait envoyer paître.
Que faire ? Pourquoi courir, pourquoi tenir ?
Puisqu’à la fin rien ne nous appartient.
Arrivé sans un, juste un cri pour nous vêtir,
Nous repartons en silence sans plus de moyens.
Seuls restent les larmes pour les chanceux.
Ceux qui ont creusé leur trou, offert leur cœur.
Notables ou gueux, besogneux ou paresseux,
Honte à ceux qui ont chéri de l’or la valeur.
Ceux qui ont sacrifié pour du métal froid
La vie d’autres souvent meilleurs qu’eux.
Ceux qui ont offert à la mort un buffet froid,
Âmes par trop pourries, infects maîtres queux.
Moi qui ne fais que passer, frêle étincelle,
Je n’aurais eu que l’amour comme richesse
Avec ma douce muse, ma tendre gazelle
Par lots de baisers enrobés de caresses.
Et quand elle viendra frapper à ma porte,
Dressée dans sa noire robe de nuit,
C’est sans peur que j’accepterai son escorte
Puis, tout doucement je refermerai l’huis.
Alors, tout seul dans ma cabane en chêne,
Les yeux clos sur mes beaux souvenirs,
Arrivé à cet étrange port où tout nous mène
Je saurai que jamais je ne pourrai en revenir.
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