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A mon père (Chrissette)

le samedi 09 février 2008, à 11:59. Posté par COLLECTIF (auteur : Chrissette)





    Tu sais, quand j'arpente cette salle, mes pas se perdent jusqu'à toi, tu sais, dans la maison d'attente du bonheur, la salle d'attente est la plus grande...voilà des heures que je tourne de kiosque en kiosque, de square en square, je cherche ton regard.

    J'accroche un passant, il a le regard argent de celui de mon père qui n'est plus, ce bleuté unique, d'une fin de vie, qui en éclair jaillit,et dans un geste serein, j'ai compris plus tard qu'il serait d'éternité,il m'a salué,et j'ai quitté sa chambre.

    J'arpente le couloir de l'hôpital, et m'enfuis dans le noir.

    Tu sais, j'arpente ce long couloir, une porte s'ouvre sur une autre, c'est comme dans les cauchemars, où l'on croit tomber, j'ai compris aujourd'hui, ce qu'il m'a dit jadis,ce petit geste anodin d'adieu, une main qui tournoie dans la couleur du soir comme la roue d'un moulin,j 'ai compris, ne cesse jamais d'y croire, ma fille.

    J'arpente ce long couloir qui me mène à la gare.
    J'arpente le quai.
    Une nouvelle histoire.
    Trois cent roses pour te recevoir.

    Si je pouvais...

    Si je pouvais je m'en irais là-bas, loin des klaxons et des bruits de la ville, accrochée à ces ballons, pour retrouver les sourires des miens. Dormir sous les pommiers canneliers, laisser courir mes yeux sur les talus des rizières et regarder comment le fleuve entre dans la plaine des oiseaux.

    Si je pouvais je viendrais m'asseoir dans le parc des lauriers-rose, et je laisserais le bleu du ciel caresser mon visage, comme un main qu'on me tendrait pour aller plus loin.

    Enfin, si je pouvais là, dans l'instant qui vient, je tomberais devant toi, à côté du banc où tu es assoupi, dans le Jardin du Luxembourg, ou un autre de ton choix, sous l'oeil complice d'un vieux pigeon, et je chatouillerais ton coeur de mon air de fausse baudruche, ayant l'air de rien...Tu tomberais sous le charme de mes couleurs chatoyantes, le pommelé rose de mes joues, tant le grand air me réussit bien.

    Sans doute tu m'inviterais à prendre un café, et je picorerais un petit bout, car le trajet m'a donné faim.

    Tu ne perdrais aucune miette de ce nouveau paysage,tu t'abandonnerais sur les rives de ce nouveau visage qu'est le mien, que tu capturerais dans ta cage argentée, sans aucun doute, avec le talent qui t'appartient.

    Tu prendrais une photo de moi et mon papa.

    11 ans déjà.


    *


    Chrissette
    http://www.mespoemes.net/sites/index.php?login=chrissette



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commentaire ( 1 ) (Ajouter un commentaire)
Dago Laborel (rivages et tombants) le samedi 09 février 2008, à 18:58
Quelle belle écriture, et un beau sujet

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