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Césium 137.
Les rires d'adolescents
dans le parc d'attractions.
Les regards insouciants
Des amants sur le pont
Qui donnent leur printemps
Amour en ligne. .d'horizon.
La ville se prépare.
Un costume de fête.
Le Premier Mai va frapper aux fenêtres.
Des esprits qui s'égarent.
Dans cette journée de joie.
Ou le travail est un morceau de choix.
Sur la place centrale
Les drapeaux alignés
Mettent sur piédestal
Le boulot de l'année.
La ville est jouisseuse
De ses cinquante mille âmes
Attendant la berceuse
Qui lui sera jouée
Par les rois moscovites
Qu'on ne peut détrôner.
Au pied de son immeuble
Un chaton sur les genoux
Un livre à la main
Ses parents au jardin
La fillette prend goût
A un printemps si doux.
Dans un coin de l'Ukraine
La vie est la plus saine.
Le sol est si fertile
Avec sa terre-Noire.
En russe :Tchernobylia.
Le sol de l'espoir.
Le champagne est au frais
Cinq jours avant de défiler.
De traverser les villes:
Pripiat et tchernobyl,
Soudain.
Explosion véhicule
Moisson de particules
Le monstre donne le coup de bec
Pour mettre la ville au sec.
La cité
Lassitude
Avec la certitude
De ne plus exister.
Au loin le sinistre sarcophage
Est la pour rappeler
Que la mort a installé
Dans la ville ses quartiers !
La ville champignon
Habitée par les herbes folles
Dans un champs à neutrons
S'imbibe de formol.
Les immeubles en cadavres autopsiés
Vidés de leur substance
Figés dans la souffrance
Ont perdus l'arrogance
Et exposent leurs blessures.
Pour eux, point de suture
Le lierre avec pudeur
Obstrue les fissures
Des façades délavées
Au courants d'air vicié.
Du centre culture là la place du marché
Des livres jonchent le sol comme des oiseaux souillés.
Par une marée noire, invisible et cruelle.
Le vent feuillette les pages sur un jeu de marelle
Où est gardé l'Enfer et balayé le ciel.
Se parfumant ainsi de souvenirs défunts
Deux nounours enlacés gisant là sans témoins
Les déchets inutiles, interdit d'enlever !
Le dosimètre est là pour accuser
Les pics de radioactivité.
Les autos -tamponneuses se pomponnent à la rouille.
Une croix dérisoire, dans l'urgence bricolée.
Témoigne du chagrin d'une enfant endeuillée
Le petit chat est mort" j'ai du le tuer,
respectez sa dépouille.
Sur le pont des derniers soupirs
Flâne l'ombre des amants.
Disparus les serments
Déportés les sourires !
Le silence est parlant
En deuil éternel.
Les merles toujours présents
Oublient les ritournelles.
Du métal dans la bouche, je compte mes pas
Qui frappent le sol grillé d'outrage.
J'avance accablé et ne me retourne pas.
Aux empreintes fantômes, je ne veux faire ombrage.
Mais à travers mes yeux blêmes
Une larme d'un vain désespoir.
De ronger le temps il serait illusoire.
D'y penser seulement est déjà un blasphème.
A Pripiat en Ukraine une nuit de printemps
Le temps s'est suspendu
pour une éternité.
La fillette dira :
Je suis née dans une ville
.Qui n'existe pas.
Jean-Pierre Vernier
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