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Césium 137 (Jean-Pierre Vernier)

le mardi 03 juin 2008, à 16:24. Posté par COLLECTIF (auteur : Jean-Pierre Vernier)





    Césium 137.

    Les rires d'adolescents
    dans le parc d'attractions.
    Les regards insouciants
    Des amants sur le pont
    Qui donnent leur printemps
    Amour en ligne. .d'horizon.

    La ville se prépare.
    Un costume de fête.
    Le Premier Mai va frapper aux fenêtres.
    Des esprits qui s'égarent.
    Dans cette journée de joie.
    Ou le travail est un morceau de choix.

    Sur la place centrale
    Les drapeaux alignés
    Mettent sur piédestal
    Le boulot de l'année.
    La ville est jouisseuse
    De ses cinquante mille âmes
    Attendant la berceuse
    Qui lui sera jouée
    Par les rois moscovites
    Qu'on ne peut détrôner.

    Au pied de son immeuble
    Un chaton sur les genoux
    Un livre à la main
    Ses parents au jardin
    La fillette prend goût
    A un printemps si doux.

    Dans un coin de l'Ukraine
    La vie est la plus saine.
    Le sol est si fertile
    Avec sa terre-Noire.
    En russe :Tchernobylia.
    Le sol de l'espoir.

    Le champagne est au frais
    Cinq jours avant de défiler.
    De traverser les villes:
    Pripiat et tchernobyl,
    Soudain.

    Explosion véhicule
    Moisson de particules
    Le monstre donne le coup de bec
    Pour mettre la ville au sec.

    La cité
    Lassitude
    Avec la certitude
    De ne plus exister.

    Au loin le sinistre sarcophage
    Est la pour rappeler
    Que la mort a installé
    Dans la ville ses quartiers !

    La ville champignon
    Habitée par les herbes folles
    Dans un champs à neutrons
    S'imbibe de formol.

    Les immeubles en cadavres autopsiés
    Vidés de leur substance
    Figés dans la souffrance
    Ont perdus l'arrogance
    Et exposent leurs blessures.
    Pour eux, point de suture
    Le lierre avec pudeur
    Obstrue les fissures
    Des façades délavées
    Au courants d'air vicié.

    Du centre culture là la place du marché
    Des livres jonchent le sol comme des oiseaux souillés.
    Par une marée noire, invisible et cruelle.
    Le vent feuillette les pages sur un jeu de marelle
    Où est gardé l'Enfer et balayé le ciel.
    Se parfumant ainsi de souvenirs défunts
    Deux nounours enlacés gisant là sans témoins
    Les déchets inutiles, interdit d'enlever !
    Le dosimètre est là pour accuser
    Les pics de radioactivité.

    Les autos -tamponneuses se pomponnent à la rouille.
    Une croix dérisoire, dans l'urgence bricolée.
    Témoigne du chagrin d'une enfant endeuillée
    Le petit chat est mort" j'ai du le tuer,
    respectez sa dépouille.

    Sur le pont des derniers soupirs
    Flâne l'ombre des amants.
    Disparus les serments
    Déportés les sourires !

    Le silence est parlant
    En deuil éternel.
    Les merles toujours présents
    Oublient les ritournelles.

    Du métal dans la bouche, je compte mes pas
    Qui frappent le sol grillé d'outrage.
    J'avance accablé et ne me retourne pas.
    Aux empreintes fantômes, je ne veux faire ombrage.
    Mais à travers mes yeux blêmes
    Une larme d'un vain désespoir.
    De ronger le temps il serait illusoire.
    D'y penser seulement est déjà un blasphème.

    A Pripiat en Ukraine une nuit de printemps
    Le temps s'est suspendu
    pour une éternité.
    La fillette dira :
    Je suis née dans une ville
    .Qui n'existe pas.



    Jean-Pierre Vernier
    http://www.mespoemes.net/sites/index.php?login=jeep67

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