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J’ai vu partir mon enfance un beau matin,
L’air pensif, sans même s’excuser.
Elle emporta nombre d’images et de parfums,
Mon insouciance, sans même se retourner.
Je vis alors les fleurs doucement pâlir,
Le printemps se déverser avec ivresse
Dans ces amours qui ne veulent guérir,
S’étourdissant dans leurs dernières caresses.
Je vis soudain le mensonge insolent et vivace
Habiter le front bourbeux des hommes,
Leurs mains se salir sans laisser de trace
Comme gouttes d’eau dans l’océan, en somme.
Je vis les cités s’engouffrer dans la luxure
Sous de vieux ciels, l’air indifférent,
S’agitant, aveugles, jusqu'à l’usure
Au beau milieu de futiles fourmillements.
Je vis quelques jeunes filles au teint de nonnette
Prématurément s’égarer dans l’allégresse,
Sur leurs lèvres aucun parfum, je le regrette,
Quand sur leur corps se déposa quelque faiblesse.
Quelques guerres ici et là plus que bavardes
Rougissant le ciel ainsi que le regard de nos mères,
Répandant ce sang pressé qui se hasarde
A peupler inexorablement nos cimetières.
J’ai vu mourir les hommes de soif et de faim,
L’œil creux, sur la joue ce baiser que donne la mort,
Puis s’étendre inquiet de leurs membres si fins
Et retenir la vie dans d’immenses efforts.
J’ai vu mourir mon père que je croyais immortel,
J’ai bien crié, non ! mais il n’entendait pas,
Mon Dieu qui de ce ciel toujours appelle
Pour écorcher nos cœurs et sonner le glas.
J’ai bien essayé, mais en vain, mes amis
De briser tous les miroirs de mon présent,
Mais dans leurs éclats, comme une infamie,
J’ai aperçu cet air vainqueur qu’a le temps.
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