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Elle m’a demandé si le fleuve
Qui coulait là était la Seine,
Elle avait l’air perdue et seule,
J’ai vu qu’elle avait de la peine.
Mais c’est le chien qui la fit rire
Qui allait dans l’eau faire son cirque,
J’ai mesuré à son sourire
Toute la force de son âme.
Un peu inspiré tout de même
Vu par le lieu, vu par l’endroit,
Je lui demande si elle aime
Melun, et qu’est-ce qu’elle fait là.
Ecrasée de consternation
Elle me montre la prison
Son index vers le mur-bastion
Sans dire un mot à ma question.
L’homme qu’elle aime est enfermé
Depuis neuf ans, d’abord à Blois,
Avant que d’être transféré
Ici même pour cette fois.
Elle me dit, il reste un an,
Encore à purger pour sa peine,
Avant qu’il ne voit ses enfants,
Et le soleil, et la vie pleine.
Je ne lui pose plus question,
Elle dit ce qu’elle a envie
Sur ses raisons, sur les prisons,
Un peu de liberté lui prit.
Un peu de liberté aussi
Je lui donnais dans son épreuve,
Un petit peu on s’est compris,
L’humanité est une preuve.
Son sourire était fort et stable,
Son visage marqué par la vie,
L’intelligence de son âme
M’a surpris, puis m’a éblouis.
Et je me suis dit : quelle chance,
Il a, lui, derrière les barreaux,
D’avoir, qui est toujours présente,
Une femme qui lui tient chaud.
Oh ! les choses sont relatives,
A tous niveaux, pour toutes histoires,
Il y en a des alternatives
Au pouvoir vrai de notre gloire.
Pauvres petits, pauvres humains,
Nous nous serrons les coudes en cercle
Dans de ces moment où s’éteint
L’espoir dessous tant de couvercles.
***
« Les conceptions les plus simples sont parfois celles qui nous touchent le plus en profondeur et qui ont le plus de conséquences. Il en est ainsi lorsque nous comprenons qu’il faut donner au temps qui passe, à ce temps qu’il nous est donné de vivre, une qualité de vie ; qu’il nous faut prendre, dans la masse des heures, une minute quelconque, qui pourrait rester quelconque, et en faire un chef-d’œuvre. »
Georges Roux
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