Rivages et tombants

 

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La voix derrière l'épaule

le jeudi 31 juillet 2008, à 15:48. Posté par Dago


    La voix derrière l'épaule


    Je viens de reposer un recueil de poèmes
    d'un poète que j'aime et dont je tais le nom
    j'ai lu à haute voix et j'ai chanté ses strophes
    cherchant à naviguer dans le courant puissant
    qui passait au travers de mes doigts de mes paumes
    comme la sève monte aux herbes lentement
    et j'ai fermé le livre sans marquer la page
    et je suis retourné à mon bureau pensif

    Et voilà que soudain, un étrange vertige
    saisit mon esprit lourd et voilà que ma main
    frappe le clavier sourd et que se cristallisent
    des mots drus et charnus que je ne connais pas
    et je sens des tréfonds remonter des réponses
    et puis des questions de poètes anciens
    partis pour un immense et périlleux voyage
    aux landes de la mort aux bornes du destin

    Ils sont partis très loin et ils ne savent pas
    si les vers qu'autrefois orphelins ils laissèrent
    trouveront de nos jours une oreille à leur chant
    ou s'ils demeureront enfouis sans lumière
    sous les herbes du sol qui les a vu mourir
    ces poètes perdus sans voix et sans paupières
    et dont le souvenir tremble aux bords de l'oubli

    Et si je sais bien mal écouter leurs poèmes
    si je ne peux hélas chanter avec leur voix
    je peux chanter tout simplement avec la mienne
    une chanson très douce et très pauvre à la fois
    un chant de vent et de soleil et qui m'emmène
    à travers les forêts les landes et les bois
    les plages de la mer et les troupeaux des vagues
    qui viennent de si loin qu'on ne peut que rêver
    de rivages lointains ou de banquises blanches
    où quelques albatros rayent un ciel givré

    Et je peux croire alors qu'une voix inconnue
    parle tout près de moi derrière mon épaule
    mais sans savoir quel est son cri quelle est sa langue
    si elle vient du fond des temps ou de tout près
    d'un coeur encore fruit germant sous l'herbe drue
    ou poussière envolée aux siècles disparus
    et qui a maintes fois parcouru d'autres vies
    mais je sens qu'elle est là cherchant à me parler
    me dire doucement d'une voix de silence
    ce qu'à mon tour tout simplement je dois chanter

    Et sans savoir comment et sans savoir pourquoi
    je la laisse parler j'écris sous sa dictée
    et je sens qu'elle est là et je lui dis merci
    de la douceur de mer et de ciel qu'elle apporte
    et de ce feu de joie et de bonheur léger
    qu'elle allume en mon coeur et qui monte à la tête
    et je ne sais plus rien et je me perds au chant
    qui serpente en sourdine aux graviers des fontaines
    et vole avec l'oiseau et le pollen des pins
    et puis elle s'en va
    et je n'entends plus rien

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commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)
smr le jeudi 31 juillet 2008, à 17:16
Le poète n'invente pasd. Il est le script des muses ou des poètes éteints. Il reçoit. il transcrit. Il adapte à son chant la voix des autres qui sont penchés sur son épaule.bravo pour la densité.

Marie * le dimanche 03 août 2008, à 11:53
Superbe vraiment. Bisous

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