|

La bouteille à la mer
Bouteille au gré des flots ballottée par les vagues
échappant aux écueils et aux rocs dangereux
elle s'échoue au sable avec sa toison d'algues
et on la trouve là par un hasard heureux
On la prend, c'est d'abord un objet saugrenu
dont on ne sait pas trop s'il faut que l'on préfère
la forme et la matière ou bien le contenu
Doit on l'ouvrir d'abord, et comment faut il faire ?
Si la matière est noble et si la forme est belle
peut on la déboucher sans risque ? quels parfums
quel poisons sont cachés sous ce bouchon rebelle
ou quel relent musqué de vases et d'embruns ?
Est ce un onguent précieux de roses qu'elle apporte
un vin de malvoisie d'un rarissime cru
un philtre très puissant ou une liqueur forte
ou le dernier soupir d'un marin disparu ?
Mais on y trouve aussi des choses singulières
la carte d'un trésor sur un vieux portulan
ou l'appel au secours à son heure dernière
de quelque naufragé mort depuis bien longtemps
C'est ainsi que l'on peut définir un poème
un flacon ciselé, translucide et ténu
un récipient léger qu'on débouche et qu'on aime
tant pour son contenant que pour son contenu .
|