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Figuier maternel
Je cueillais ce matin quelques figues d'automne
aux bras d'un vieux figuier au soleil engourdi,
violettes et ridées, ah qu'elles étaient bonnes
avec leur goût de vin et de sucre candi !
Mais je plongeai soudain dans un étrange rêve
mes doigts avaient minci, mon corps n'était plus nu
la ville n'était plus et je sentais la sève
des figues engluer un pelage inconnu
Je voltigeais léger, aux bords d'une rivière
et je n'étais plus seul mais nous étions nombreux
dans une forêt grise aux vastes clairières
dont l'air retentissait de nos appels joyeux.
J'avais fait le grand saut de millions d'existences
un noir museau pointu me tenait lieu de nez
une queue annelée balançait en cadence
et j'avais rajeuni de vingt millions d'années.
J'étais le Lémurien premier du Tertiaire
emportant dans mon sang les germes de demain
pillant avec ardeur la manne nourricière
du figuier dont les fruits se moulaient dans ma main.
Et mes enfants lointains les Simiens et les Hommes
venaient, chacun leur tour, cueillir ces fruits sucrés
ces figues de soleil et de miel qui sont comme
le don immémorial de cet arbre sacré.
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