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Je suis ...

le jeudi 23 octobre 2008, à 17:49. Posté par Frantz




    Frantz Le beau
    Essuyant
    des sueurs grasses
    du goudron huileux sur mon visage
    ce visage estropié
    déchiré à coup de baisers tranchants
    je suis ce déplacé
    oui
    je suis ce déplacé des monts chauds d'Afrique
    qui marchant sur le boulevard glacé de l'Amérique
    ne voit absolument rien de lui
    rien ... plus rien
    ni son histoire
    pas même son nom
    sinon
    celui que portait le fer avec lequel
    on l'étampait à son arrivée en 1503 dans cet enfer
    pour ne pas être confondu
    aux choses des autres

    Mes mains sont des pierres grotesques
    stoppant les sabots mouillés des boeufs
    traînant des tonnes de canne-à-sucre
    pour être transformées et vendues
    dans les ghettos séduisants des lunes de feu
    mes mains sont des pioches à part entière
    pour creuser des mines d'or
    faciliter la vie dans des soutes à charbon

    Mes reins cessent d'être mes reins
    car laissant bien loin derrière moi
    le rythme saccageant de mes bambous
    de mon tambour fouillé dans la nuit
    de mes misères initiales

    Mes pieds sont longs
    longs comme ceux du soleil rouge
    de ce soleil enjambant
    à l'instar des généraux courbés
    sous le coup de l'héroïne
    les trottoirs ensanglantés
    de l'espace kidnappé
    par des pluies puissantes incessantes et brûlantes
    oui
    mes pieds je les conserve encore
    encore
    bien qu'ayant tout perdu de moi
    dans les cales froides du négrier
    au cours du voyage triangulaire
    mes vieux pieds ... mes pieds ravinés
    je les ai encore
    pour courir dans les grottes hantées
    de mon sous-développement chronique
    de mon être obscurci
    pour fuir des chiens dressés
    à la chasse des nègres marrons
    vieux comme la vie ... vieux
    mes pieds me suivent encore
    sous les larmes endolories et pleurantes
    de mes yeux désorbités
    mes pieds ! je les ai encore
    pour fuir les mandats racistes

    Le jour je vends mes nuits
    la nuit je vends mes jours
    et les livres que je lis
    me démarquent dans leur fond

    Ma bouche dit des histoires
    mais des histoires rances
    je suis ce déplacé
    les histoires de ma bouche
    ne sont pas des histoires de mes embryons
    ce sont des contes
    des bavardages ...
    des chimères qui n'ayant rien à voir
    avec le teint de mes yeux de nègres
    de nègres suspectés poursuivis sodomisés traqués
    pour n'avoir pas bien vu
    le numéro d'un gratte-ciel
    givré
    encombré sous les neiges d'un hiver interminable
    me rient ... m'embêtent
    et
    si le temps ne me laisse pas mourir
    sous le vent froid qui traverse les champs
    c'est pas qu'il m'aime ... m'aime
    mais c'est parce que tout simplement
    même le plus ivre des ivrognes
    fait de telle sorte à ce qu'une goutte de vin fort
    de son verre ne tombe ... ne tombe
    pour ne pas perdre un "s" dans son ivresse

    Je suis ce "je ne suis pas moi depuis lors"
    oui
    je ne suis plus moi depuis ma capture sur les cotes d'Afrique
    je suis plutôt l'autre ... l'autre
    je suis cet autre qui
    me décernant le nobel de l'année
    m'absorbe me gagne
    m'entasse dans ses fosses communes
    pour ne plus rêver le rêve de mon coeur
    ce rêve tant d'amour
    d'amour
    pour ne plus parler de mon tambour
    de mes bambous
    pour ne plus habiter mon être
    je suis ce nègre ... oui ce nègre qui
    buffant d'un trait noir le fait de sa négritude
    s'affirme dans la glace de l'inexistence

    Je suis ce tracassé de l'ère démocratique
    ce " fais-le rire " de l'ère sensible
    ce trompé à bout de souffle
    ce dieu endormi ... bifurqué
    relégué dans la conscience de la honte
    pour ne pas avilir la vérité au grand jour

    enfin

    je suis ce trompé d'amour
    quémandant un simple baiser chaud
    pour ne pas mourir dans la rance du doute
    car voulant croire encore
    encore croire
    croire

    je suis encore cette chose de 1685
    sinon
    ce noir tourné au blanc
    oui
    ce rien du tout
    du tout

    Frantz Le beau

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commentaires ( 2 ) (Ajouter un commentaire)
khris le jeudi 23 octobre 2008, à 20:57
Bel écrit sur cette honte de l'humanité, merci Frantz, amitiés

Marie * le vendredi 24 octobre 2008, à 08:48
Il est bon de le rappeller, même si rien ne change malheureusement. Bisous

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