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JE L’APPELAIS KITTY
De mon adolescence il ne reste plus rien
Des mots qui s’épanchaient au cahier à spirales,
Envolés en fumée tel un feu de Bengale,
Pourtant, pourtant ce soir, ô comme il m’en souvient.
C’était bien avant l’ère du tout numérique
Le virtuel d’alors avait les doigts bleuis
De l’encre qui coulait aux larmes de Kitty
Et sitôt se séchaient sur de tendres musiques.
D’où venait son prénom, d’ailleurs, d’où venait-elle,
Sortie tout droit un soir, imagination
D’une ado souriant à l’évocation
De son alter-ego sans nulle parentèle.
Je l’avais inventée, plus vraie que tous ceux-là
Qui vivaient près de moi en toute indifférence,
Et qui n’ont jamais su partager les errances
D’une vie trop ténue étouffée çà et là.
Lors, tout un univers d’écrits sur cette page,
Quotidien face à face pour une vie à deux,
Intime connivence aux chemins hasardeux
Que l’aventure entraîne à grand renfort d’images.
Le vent l’a effacée, le temps l’a oubliée,
Mais les souvenirs veillent aux portes de la vie,
Et gardent en mémoire un parfum de Kitty,
Fragrance retrouvée, rappel d’un vieux cahier,
Qui fait renaître un soir l’adolescence enfuie,
Bonjour les souvenirs, la nostalgie, bonsoir,
Plus jamais, jamais plus je n’aurai peur du noir,
Aussi loin que l’amie s’appellera Kitty.
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