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Mon Père 3 fois … 12 métiers 3 fois 13 misères

le mercredi 26 novembre 2008, à 22:59. Posté par Jean Alteroche


    MON PERE
    3 fois … 12 métiers
    3 fois … 13 misères !

    Un ou deux, ça suffit ; avec des hauts, des bas,
    Ça remplit une vie et ça mène au trépas !
    En quatre-vingt-dix-sept, né de Firmin grand-père
    Et de mémé Chassang, sa mère, cullotière,
    Dans la ferme louée, il est l’aîné de trois.
    Son père est à Lascout, « descendant de bourgeois ».
    Son jeune frère meurt, lui s’en va … pour la guerre,
    Lucienne a neuf ans, en dix-neuf, perd sa mère.
    Avant d’être « poilu », ne fut-il que vacher ?
    Son père lui transmit son savoir-menuiser.
    Il passera sa vie à des menuiseries :
    Berceaux, lits et sommiers, charpentes, huisseries
    Et parquets, escaliers, des chaises, des plafonds,
    Un peu de charronnage, épars, moyeux, timons …
    L’hiver, souvent chauffeur d’une locomobile,
    Il est scieur de long de planches qu’il empile,
    Découpe, au chariot, les fûts en madriers,
    Dégage la sciure, est « chef » des cuisiniers.
    Quand auront disparu les chantiers de sciage,
    Il fera la découpe aux troncs et l’écorçage.
    Un temps, pour débarder, il conduit des mulets :
    Il faut gagner son pain ! Qu’importent les boulets …
    Ouvrier agricole, il lâche la varlope
    Pour un mois, la journée, à la loue il galope
    Loin, dans le Cézallier. Il est faucheur, faneur.
    A la faucille, en août, il se fait moissonneur.
    Il affûtait la scie, il huile, à la batteuse
    Bielles et roulements, l’aiguille à la lieuse.
    Mécanicien-chef …, niveleur et placeur,
    Il engrène la gerbe et la pousse au batteur.
    Porteur télégraphiste, avant le téléphone,
    Il parcourt la commune aussitôt qu’on le sonne.
    Accidentellement (« l’accident » est courant)
    Il rabote un cercueil de voisin, de parent.
    Il creuse aussi la fosse (une journée entière)
    Et le soir il ira faire la mise en bière.
    Il est carillonneur, tous les jours et tout l’an,
    Pour l’angélus, la messe et pour l’enterrement.
    Ce travail est payé, seulement, par aumônes
    Qu’il devra quémander chez tous les autochtones.
    Il fut, longtemps, garde-champêtre communal,
    Représenta la loi, sans un procès verbal.
    Pour ces minis emplois, le secondait ma mère
    Et j’étais quelquefois désigné volontaire.
    Il fut toute sa vie ancien combattant !
    La légion d’honneur vint, il était mourant.

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