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LE BATEAU IVRE
Il s'était embarqué sur un bateau poète
Pour ne plus voir le monde, affronter les tempêtes,
Changer de paysage, oublier les nuages
Qui inondaient ses yeux à la fin du voyage.
Plus le bateau tanguait et plus il dérivait,
Se noyait dans les mots, conjuguait au passé
Les amours, les amis, les douces habitudes,
Saoulé de certitudes, ivre de solitude.
Je l'avais remarqué au port un soir d'été,
A-t-il seulement vu mon visage effaré
Devant son regard vide et ses yeux délavés,
Tandis que l'horizon semblait l'accaparer.
Il a refait sa vie sur un bateau poète
Noyé de poésie, à l'abri des tempêtes,
A bord d'un bateau ivre comme aurait fait Rimbaud,
Sauf qu'il ne savait pas d'où venait ce bateau.
Moi qui l'ai vu construire, je ne peux m'empêcher
Devant tous ces faux rires d'être désappointée,
Dans sa coque il a mis un morceau de mon cœur,
Et les vagues en roulant s'inventent fossoyeur.
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