|
C’était un jour où ma tête
Se sentait comme en prison,
Ce mot tuait toute fête
Et ternissait l’horizon.
Soudain il me vint l’idée
Qu’il rimait avec pinson :
Aussitôt l’oiseau léger
S’aventure vers la fenêtre.
Or celle-ci est entr’ouverte …
Comme des barreaux il se moque,
Un coup d’œil, un sautillement,
Il s’envole impatiemment
Sur un mur voisin descend
Et lance son gai ramage …
Par un curieux glissement
Apparaît une autre image :
Un esquif fin et léger
Filant le long d’une rive,
Si adroitement mené
Que chaque coup d’aviron
M’éloigne de ma prison ;
Au terme de son périple,
Il accoste à un ponton.
Un petit ponton de bois,
Une rivière sur un crépon,
Il n’en faut pas plus que ça
Pour arriver au Japon
Et voir le Fuji-Yama,
Une pagode, une geisha
Dans la soie d’un kimono
Et un bouquet de tokyos
Sur un guéridon laqué.
Lors de la cérémonie du thé,
Sur une tasse de porcelaine,
La femme se penche lentement
Vers le breuvage encore fumant
Qu’elle refroidit de son haleine.
Le liquide se trouble alors
Comme se trouble le décor …
Mais l’harmonie de la scène
Adoucit ma lourde peine
Et les murs de mon cachot
Se délitent avec les mots.

|