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Avec une vivacité touchant de son aiguillon perfide les frontières de l’entendement, il fuit depuis toujours, impuissant devant l’inertie du temps, ce grand fleuve qui emporte le présent, inexorablement. Sa fugue est rythmée par le tempo d’une vie qui passe trop rapidement pour qu’en soit discernable sa cadence discrète.
Ses lignes de fuite forment un vaste réseau complexe de futurs enchevêtrés en un amas de pensées angoissées. A peine se penche-t-il au chevet d’un de ces possibles mourants que l’instant d’après vient télescoper le moment présent. En complète licence avec les lois de la perspective, elles sont droites, parallèles et concourantes à la fois.
Le long de ces lignes, des idées. Une idée vient-elle à naître qu’aussitôt elle en enfante une pléthore. Une de ses filles vient-elle à occuper le théâtre de ses pensées qu’elle en produit à son tour une multitude. Il nage dans ce grand océan de contingence, capitaine d’un navire ne sachant où donner du gouvernail.
Alors il fuit le présent. Il voudrait tant pouvoir suivre une idée depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Mais celle-ci appelle d’autres questions, d’autres hypothèses et surtout l’instant d’après.
Il rêve d’une pause, d’un esprit vacancier qui lézarde sur une plage de sable blanc, qui s’affranchis du temps, qui s’offre le luxe de ne plus penser, de ne plus rêver, de se poser telle une coquille vide au fond de l’océan.
Loisolire
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