|
Les Filles de Chronos
L’une, courbée par l’âge, s’en va foulant
Nos espoirs fanés comme des feuilles d’automne,
L’autre, plus jeune et gaie, arrive roucoulant,
Miroitant Eden et Jardins de Babylone.
Ainsi nous ravissent les Filles de Chronos,
Promettant sans compter espoir, rêve et envie,
Condamnées comme celles de Danaos
A remplir des tonneaux des tranches de nos vies.
Les Filles du Temps se nourrissent de nos âmes
Et nous autres, faibles mortels, noceurs cupides,
Fragiles papillons attirés par leur flamme,
Nous cédons, chaque fois, à leur amour perfide.
Le chapelet des instants s’égrène sans cesse,
Il n’est guère coupable de notre malheur,
Il n’est pas l’auteur des rares moments de liesse
Qui nous disent qu’unis nous sommes le bonheur.
La clepsydre ne nous empêche pas de vivre ;
En se vidant, elle ne tue que le temps,
Elle ne peut pas atteindre ces moments où, ivres
De bonheur, nous cessons de compter les instants.
Les ans ne sont que de vulgaires jalons
Qui bordent nos vies sans ralentir nos pas ;
Ils ne doivent pas nous dicter où nous allons,
Impuissants contre nous ou comme n’étant pas.
Il n’y a de vrai que nos rêves persistants,
Le suprême bonheur est de changer en vie
Les songes et les folies de chaque instant
Et de satisfaire ainsi toutes nos envies.
La véritable vie est de vivre l’instant
Avec tout ce qu’il apporte et ce qu’il promet,
De donner généreusement du temps au temps
Pour pouvoir le savourer et le consommer.
La sagesse la plus grande, à mon humble avis,
Est d’être, de ce que l’on détient, satisfait,
De ne pas exiger le bonheur de la vie ;
Il n’y a de vrai trésor que ce que l’on fait.
Le 29 Décembre, l’une nous quitte, l’autre arrive…
|