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Maman, j’ai peur,
Lorsque j’ouvre les yeux,
Je vois des ombres roses, mollesse d’attitude,
Rempart dérisoire aux créneaux défraîchis
Dansant comme des pantins égoïstes,
Maman, j’ai peur,
De mon lit,
J’entends le pas cadencé des bottes,
La bête qui revient, décidée,
M’affichant à la face ses menaces,
Maman, j’ai peur,
Quand je mange,
J’imagine les génocides indiens, juifs et arméniens,
Mes cousins d’infortune trop tôt disparus,
La foule étouffant ses malheurs,
Maman, j’ai peur,
Je pleure le retour de l’ordre,
Celui qui va prier en cathédrale,
Celui qui tutoie le Messie,
Immortalité d’exécutions coupables,
Maman, je meurs,
Je perçois les images du monde de demain,
Les enfants chapardant dans les gamelles des chiens,
Collaborer par crainte, dénoncer son voisin,
Clandestins sans papiers pendus demain matin,
Maman, je meurs,
Je tremble d’impuissance devant tous ces dangers,
Les bannières de campagnes, les fusils rechargés
A fin de ramener l’esclave échappé,
Pour faire rougir le corps de civils torturés,
Maman, je meurs,
Je souffre des histoires qu’on cache sous le manteau,
Les projets du grand soir, la nuit des longs couteaux
Et flotte l’étendard, obligeance à la mort,
Honneur du soldat et race du mentor,
Maman, je meurs,
Je traîne la misère de siècles déchirés,
Si je jette à la mer ma bouteille d’espoir,
Crois-tu que sur la plage, quelqu’un découvrira
Mes craintes intestines qui ne me laissent pas?
Maman, c’est l’heure,
J’ai besoin du savoir de ceux qui ont connu
La froideur du carnage, Shoah de déjà vu,
Faire taire l’Arlésienne, le mal, commémorés,
Sauver l’époque, casser ses chaînes,
Protéger le charme d’ébène
Et ceux qui risquent de tomber.
Yvan Racine Courtois
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