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Sweet dreams

le jeudi 14 octobre 2004, à 11:27. Posté par didier


    Cher lecteur, et déjà ami puisque tu m’accompagnes jusqu’au bout de mes lignes, il me parait indispensable d’attirer ton attention sur la surprenante Vérité que je vais maintenant te révéler, et qui va certainement et de façon définitive changer le cours de ton existence.

    Prudent, j’écrirai doucement pour ne réveiller personne.

    Il était une fois...

    ( Je préfère cette formule largement usitée à toute autre qui, je le crains, dérouterait le liseur occasionnel que tu es.
    De plus elle me permet de neiger sur le papier quelques étoiles « conte de fées » indispensables à la rêverie du récit.)

    Donc. Il était une fois, Moi.

    Dans mon lit et à une heure avancée de la nuit, le corps lourd et les paupières soudées, j’ordonnais selon un rite immuable tous mes sommeils afin de trouver le premier d’entre eux et y sombrer, tant il est entendu que c’est bien celui là qui mène aux rêves.

    A demi-conscient j’assistais à la kermesse fantasmagorique où le petit toise le grand, le léger écrase le lourd, et où le lent précipite le son avant la lumière dans un ralenti angoissant, quand soudain…

    -Ouah !! Juste à temps ! S’exclama une voix sans forme.

    Je glissais délicieusement vers le profond sommeil et savourait pleinement cette aspiration lente, sans prêter attention à la voix qui répétait plus fort maintenant.

    -T’entends ?! Juste à temps !

    Le rêve est pervers et notre activité psychique durant la somnolence tend à créer des représentations imaginaires parfaitement...

    -HO ! M’interrompit l’autre plus brutal.

    Je ressentais alors une sensation bizarre. Incrusté au sein d’un environnement d’une autre dimension, je conservais, sans que sa pleine mesure ne dépassât son niveau diurne, toute ma lucidité.
    Ainsi je me surpris à répondre de manière concise et intelligible quoi qu’empâtée.

    - Hein ! ?

    - Je me présente !

    Puis, sans se décliner il ajouta.

    - Il s’en est fallu d’un rien que tu manques le rendez-vous. Moins une et le vent me ramenait.

    Trop soulagé de pouvoir enfin m’abandonner à un sommeil trop rare, je ne cherchais pas à me situer dans une conscience pour le moins confuse, et me contentais de porter mon regard alentour dans l’espoir de m’y trouver endormi.

    - Dis-moi, reprit l’autre, tu me sembles particulièrement troublé. Abuserais-tu de substances illicites ?

    - Pas du tout ! Me surpris-je à me défendre. Mon seul shoot, avant sommeil, consiste à avaler d’un trait une grande tasse de lait très frais !

    - Oui ça je le sais. Notre voie lactée.

    - Voie lactée !? Quelle voie lactée ?

    - Et bien celle qui t’a mené jusqu’ici.

    Puis d’un ton calme et bienveillant.

    - Attention, pousse-toi un peu, là, voilà. Le sol va s’ouvrir et te précipiter dans le vide, mais surtout...

    - QUOI !!!

    Tandis que le plancher se dérobait sous mes pieds je tentais de fuir, mais alors que mes jambes battaient le vide je n’avançais pas.

    D’un geste freiné j’étendais désespérément mes mains pour m’agripper à rien, et j’y parvins puisque je chus dans un grand silence.

    D’abord paniqué je roulais des bras comme un moulin sans farine, puis étonnamment rassuré mon corps retrouvait son apesanteur dans un sentiment de délivrance.

    -Non mais je rêve, hein ! Si tu m’avais laissé finir, je te disais de ne surtout pas t'effrayer. Ici c’est le sol qui se dérobe, pas toi.
    Bien, donc je reprends....

    Et la voix de m’expliquer qu’à force de siroter chaque soir et chaque nuit des litres de lait, j’avais établi une sorte de voie lactée entre le rêve et la réalité.

    Que j’étais, à sa connaissance, le seul être diurne à avoir franchi ce passage et rejoins ainsi le Réel, et qu’à présent je pourrais vivre mes nuits et rêver mes jours.

    -Vivre mes nuitset rêver mes jours?

    Qu’est ce que cela signifiait ? Quel était donc ce boniment incohérent et de quelle nature était ce Vrai que je rejoignais ?

    Docte, l’érudit me confia qu’à n’en pas douter j’étais le seul Être vivant à connaître la Vérité sur le rêve et la réalité. La dure réalité.

    Celle où l’on ne meurt jamais en s’écrasant au pied d’une falaise, celle où le petit toise le grand, le léger… etc. (voir plus haut). Celle où nos fantasmes sexuels sont pratiques courantes et où crier ‘JE T’AIME’ ne libère d’aucun des liens tissés malicieusement par nos araignées de plafond. Celle qui agite le corps de l’enfant qui dort et où les fleurs ne sentent pas, celle aussi où nos chutes n’égratignent que notre orgueil.

    A ses dires je devais mesurer ma fortune de figurer une sorte d’Ali pour le moins Baba qui aurait su, en la matière de son pot à lait, découvrir la formule magique lui permettant d’accéder au patent.

    Pour ne pas choquer un éventuel jeune public je ne narrerai pas ce que furent, pendant un temps, mes pérégrinations. L’adulte que tu es comprendra ma réserve.

    Il convient pour moi, maintenant, de rassurer mes proches d’une part, mais aussi de soucier la chaîne de production laitière d’autre part.

    En effet j’ai décidé de cesser ma quête de Vérité nocturne en remplaçant le mystérieux philtre lacté de fin de soirée, par un non moins surprenant pinard qui garantira ma présence constante dans le monde diurne du rêve, de notre monde rêvé.

    Car si comme moi vous croyez à cette histoire, réjouissez-vous ! Tout peut arriver et rien n’est vraiment conséquent. Je le sais maintenant, et je suis peut-être seul à admettre cette Evidence, nous vivons un rêve !

    Lecteurs convaincus, Osez tout !

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commentaires ( 3 ) (Ajouter un commentaire)
Panopa le jeudi 14 octobre 2004, à 11:47
bien écrit et très amusant ;-) bravo à toi :-)

MUSQUAR le jeudi 28 octobre 2004, à 15:59
quelle imagination ! Chapeau.

mariedo le mercredi 03 novembre 2004, à 09:32
Cela me plaît beaucoup! Amicalement.

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